L’herméneutique de la démythologisation chez Hans Jonas : de la mythologie gnostique à la bioéthique de la responsabilité par l’objectivation et la subjectivation
(fr) La « démythologisation » est une herméneutique forgée par Hans Jonas au début de son itinéraire philosophique, afin d’interpréter existentiellement les récits mythologiques ainsi que les textes théologiques et philosophiques de l’Antiquité tardive. Il s’agissait d’abord d’une méthodologie d’objectivation et subjectivation pour comprendre l’expérience existentielle de l’homme gnostique face à la divinité et l’être dans le monde. Dans la suite, Jonas a développé l’herméneutique de la démythologisation par l’objectivation et subjectivation par rapport aux textes néotestamentaires. Le mot démythologisation (« Entmythologisierung ») est utilisé pour la première fois par lui dans une étude philosophique « Sur la structure herméneutique du dogme » pour comprendre le problème existentiel de la liberté chrétienne. Quelques années plus tard il a développé une phénoménologie herméneutique, également par l’objectivation et subjectivation, afin de comprendre l’être vivant et la particularité de l’homme dans la nature. L’objectivation et subjectivation a été utilisée aussi par Jonas pour fonder l’ontologie de la bioéthique de la responsabilité en ce qui concerne la téléologie de l’être vivant et de l’homme. L’objectivation et subjectivation que Jonas avait forgée pour l’herméneutique de la démythologisation a été ainsi modifiée pour comprendre l’homme face au monde, aux trois moments les plus importants de son parcours philosophique, à savoir : les études sur le gnosticisme et le problème paulinien de la liberté chez Augustin, la phénoménologie herméneutique de l’être vivant, et enfin la fondation ontologique de la bioéthique de la responsabilité. Cette herméneutique d’objectivation et de subjectivation permet donc de interpréter l’être de diverses manières et dans différents contextes historiques : dans l’Antiquité tardive, pour comprendre l’existence de l’homme gnostique et la liberté chrétienne ; dans l’époque moderne, pour comprendre l’existence organique de l’être vivant/l’être humain ; ainsi que dans la civilisation technologique, pour souligner la responsabilité envers l’être vivant et l’homme afin de maintenir l’existence humaine authentique pour les futures générations. C’est ainsi qu’après l’élaboration de l’herméneutique de la démythologisation afin d’interpréter les textes gnostiques et chrétiens, on peut trouver une modification de l’objectivation et subjectivation dans la phénoménologie herméneutique par rapport à l’« être-là organique », ainsi que dans la fondation ontologique de la bioéthique de la responsabilité pour développer encore la téléologie de l’être vivant et de l’homme dans la nature. Entretemps, Jonas a cependant utilisé l’herméneutique de la démythologisation par l’objectivation et la subjectivation pour critiquer la philosophie heideggérienne et la théologie bultmannienne dans plusieurs articles philosophiques par rapport au gnosticisme, à la théologie et notamment à la démythologisation. L’objectivation et subjectivation qu’il avait forgée pour la première fois dans l’herméneutique de la démythologisation a été modifiée aux trois étapes les plus importantes de la réflexion philosophique jonassienne pour comprendre l’homme gnostique dans le contexte historique de l’Antiquité tardive, l’homme et l’être vivant de l’époque moderne ainsi que l’homme de la civilisation technologique.
Quesada Rodriguez, F. (2016). L’herméneutique de la démythologisation chez Hans Jonas : de la mythologie gnostique à la bioéthique de la responsabilité par l’objectivation et la subjectivation. https://hdl.handle.net/2078.5/178619