(fr) Hétéroclite à première vue et complexe, l’œuvre immense produite par Paul Ricœur (1913-2005) possède-t-elle néanmoins une certaine unité ? Nous répondons par l’affirmative, en suivant les indications relatives à l’ascendance et à la finalité de l’œuvre. En effet, signalant, d’une part, que son entreprise évolue sous la guidance de la question « qui ? », Ricœur s’inscrit dans le projet d’un discours philosophique sur l’humain. Il prétend, d’autre part, que ce programme se situe également dans le sillage du personnalisme d’Emmanuel Mounier (1905-1950). La synthèse de ces indications engendre l’hypothèse selon laquelle la trajectoire philosophique de Ricœur coïncide avec un segment de ligne qui va de la personne humaine à l’homme capable. Sur fond d’optimisme tragique, estampille du Mounier de Ricœur, une conception de l’humain y est développée effectivement en trois phases. La personne humaine s’y révèle d’abord comme subjectivité de réflexion, ensuite comme homme faillible et sujet agissant-souffrant appréhendé via les termes médiateurs et, enfin, comme un agir aux multiples acceptions exprimant autant de capacités humaines, comme celles de parler, de prendre des initiatives, de raconter, de répondre de ses actes, de se souvenir, de promettre. Responsable du passage d’une phase à l’autre, la complexification résulte d’une continuelle quête d’adéquation entre vérité et méthode. Bien comprise, cette systémique des phases ne supprime pas la tension entre continuité et ruptures, mais l’encadre, comme le montre un gros plan sur la capacité de faire mémoire. Notre lecture met en place les conditions d’un va-et-vient continuel entre les parties, privilégiées par les approches fragmentaires, et le tout.