A l’issue des grandes batailles d’août 1914, des centaines de soldats alliés sont dépassés par l’avance allemande. En Belgique et en France occupées, des habitants les cachent et, bientôt, organisent une filière d’évasion. L’infirmière britannique Edith Cavell paie de sa vie cet engagement clandestin. Son exécution, le 12 octobre 1915, entraîne un tollé international. Son image de martyre de la cause alliée a quelque peu éclipsé les nombreuses personnes qui ont joué un rôle tout aussi crucial dans le même réseau. L’architecte Philippe Baucq, l’institutrice Louise Thuliez, le prince Réginald de Croÿ, l’ingénieur Herman Capiau, et plus de 180 anonymes belges, français et britanniques, catholiques ou francs-maçons, de condition aisée ou très modeste. Cet ouvrage reconstruit le réseau qu’ils ont formé, un réseau tissé d'amitiés, de hasards et de rapports sociaux. Au-delà de l’action de la filière d’évasion, l’auteur essaie de comprendre l’impact de l’engagement résistant et de la répression dont il a été l’objet sur les trajectoires de vie de celles et ceux qui ont participé au réseau. Il s’interroge sur la manière dont ils ont traversé l’épreuve du démantèlement du réseau, des premières arrestations aux exécutions et aux déportations, en passant par le procès. Il tente de comprendre les dilemmes et les déchirements auxquels les interrogatoires les ont confrontés, les tourments physiques, mentaux et familiaux entourant leur incarcération, ainsi que les différentes formes de reconnaissance, d’amertumes et d’engagements nouveaux qui ont caractérisé leur sortie de guerre, dans l’ombre de l’icône qu’était entretemps devenue Cavell.