Du succès multidisciplinaire de l’ethnographie. Eléments d’une évolution et perspectives pour une ethnographie des mondes contemporains

(2005) Revue européenne d’ethnographie de l’éducation — Vol. 4, n° 4, p. 43-60 (2005)

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Actuellement, le succès multidisciplinaire de l'ethnographie au sein de la recherche en éducation est tel qu’il s’apparente à un effet de mode au point de susciter bien des interrogations. Il impose aux différentes disciplines qui y recourent de mettre en œuvre leur propre réflexivité méthodologique. En effet, une telle expansion de l'ethnographie engendre une diversité d'applications qui ne favorise pas la compréhension de ce que constitue ce type de démarche. Ce succès prend ses origines dans un progressif développement des recherches microsociologiques et qualitatives en sociologie de l'éducation dont la paternité est généralement attribuée à Peter Woods (fin des années 1970). Ce dernier s'inscrit dans la tradition sociologique de l'école de Chicago et dans l'un de ses paradigmes les plus reconnus, l'interactionnisme symbolique. Il se revendique également de l'une des « inventions » majeures de la tradition anthropologique, rejoignant de ce fait une longue tradition ethnographique qui est elle-même en questionnement par rapport à son utilisation dans nos sociétés contemporaines, utilisation aujourd'hui devenue polymorphe et pluridisciplinaire. Par conséquent, le propos de cet article sera moins de s'interroger sur les sources de l'ethnographie de l'éducation que de comprendre l'engouement général qu'elle suscite au sein des sciences humaines et les différentes pratiques auxquelles il donne lieu. Pour ce faire, nous emprunterons deux voies distinctes. D'abord, nous mettrons en évidence certaines dimensions contextuelles qui nous apparaissent pertinentes pour mieux appréhender l'engouement de ces dernières années pour le microsociologique et le travail de terrain. Nous les avons regroupées en trois points : le premier traite du changement du paradigme d'intervention étatique et du savoir qui le fonde, le second du succès des théories relativistes en épistémologie et le dernier de la modernité avancée. Ensuite, afin d'interroger les pratiques actuelles, nous tenterons de démontrer que l'ethnographie, et ce dès ses origines, ne s'est jamais réduite ni à un simple recueil de « données », ni au travail de terrain entendu comme simple technique. Nous soulignerons que l'ethnographie est indissociable d'une démarche scientifique complète. Elle s'insère dans une perspective de construction d'objet avec comme caractéristique fondamentale de refuser l'hypothético-déductivité. Á l'aune de cette double démarche, nous soulignerons quelques écueils potentiels, mais combien évitables une fois assumée l’ambition scientifique conjointe aux fondements de l’ethnographie. Ces écueils sont d’abord relatifs à des applications orthodoxes, parfois inadéquates, telles que la création totalisante d'isolats spatio-temporels, difficilement défendables dans nos sociétés aux interdépendances multiples. D'autres écueils sont liés à la réduction de l'ethnographie à un simple « fieldwork », réduction conséquente en termes d’ambitions scientifiques. Nous conclurons en essayant de dégager quelques perspectives pour une ethnographie des mondes contemporains.
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André, G., & et al. (2005). Du succès multidisciplinaire de l’ethnographie. Eléments d’une évolution et perspectives pour une ethnographie des mondes contemporains. Revue européenne d’ethnographie de l’éducation, 4(4), 43-60. https://hdl.handle.net/2078.5/104760 (Original work published 2005)