Prendre part à une initiative socialement innovante est-il bénéfique pour les travailleur.euse.s ? Une analyse comparative intra-sectorielle de la satisfaction et du bien-être au travail des professionnel.le.s de l’accompagnement à domicile des personnes âgées en Wallonie.

Casini, Annalisa;Callorda Fossati, Ela;Bensliman, Rachida;Degavre, Florence;Mahieu, Céline
(2017) XXXVIIème Journées de l’AES: Economie sociale et Economie politique. Regards croisés sur l’histoire et sur les enjeux contemporains (5.September.2017)

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Titre: Prendre part à une initiative socialement innovante est-il bénéfique pour les travailleur.euse.s ? Une analyse comparative intra-sectorielle de la satisfaction et du bien-être au travail des professionnel.le.s de l’accompagnement à domicile des personnes âgées en Wallonie. Auteures: - Annalisa CASINI, CIRTES et IPSY, Université catholique de Louvain, Belgique ; annalisa.casini@uclouvain.be - Ela CALLORDA FOSSATI, CIRTES et IACCHOS, Université catholique de Louvain, Belgique ; ela.callorda@uclouvain.be - Rachida BENSLIMAN, Ecole de santé publique, Université libre de Bruxelles, Belgique ; rabensli@ulb.ac.be - Florence DEGAVRE, CIRTES et IACCHOS, Université catholique de Louvain, Belgique ; florence.degavre@uclouvain.be - Céline MAHIEU, Ecole de santé publique, Université libre de Bruxelles, Belgique ; cemahieu@ulb.ac.be   Cette communication empirique s’inscrit de plein pied dans l’axe « Innovations sociales : l'économie sociale à l'épreuve du politique » des XXXVIIèmes journées de l'AÉS dans la mesure où elle observe l'entrepreneuriat social et questionne les enjeux pour les entreprises sociales (ES) de l’innovation sociale (IS) non seulement dans les services qu’elles offrent mais également dans l’organisation du travail lui-même. Plus précisément, la présente contribution s’intéresse au bien-être et à la satisfaction au travail dans les ES de services dans le secteur de l’accompagnement à domicile des personnes âgées. Dans ce cadre, nous avons procédé à une comparaison entre les employé.e.s impliqué.e.s dans des services socialement innovants (SSI) vs. ceux/celles des entreprises sociales où aucune IS n’a été repérée, et que nous qualifierons d’entreprises sociales institutionnalisées (ESI). L’article justifie ce choix sémantique. En amont de cette analyse, nous émettons deux hypothèses discordantes issues de l’examen de littératures différentes. La première hypothèse est issue de l’abondante littérature qui s’est intéressée à la question de la satisfaction et du bienêtre au travail dans les ES (voir, par ex., Brolis et Nyssens, 2015 et Lanfranchi et Narcy, 2008). Ainsi, il a été montré que, les travailleur.euse.s des ES affichent une plus grande satisfaction et bien-être au travail que leurs homologues travaillant dans les secteurs public et à but lucratif. Ce phénomène est expliqué principalement en évoquant le fait que les travailleur.euse.s des ES sont intrinsèquement motivé.e.s (Gagné et Deci, 2005) à, autrement dit, les employé.e.s des ES retireraient une satisfaction substantielle du travail accompli lui-même étant donné qu’il leur permet de contribuer quotidiennement à l’intérêt de la société et, par-là, de satisfaire leur motivation pro-sociale (Brolis et Angel, 2015). A partir de ces constats, et compte tenu du fait que la motivation intrinsèque est d’avantage renforcée par des activités qui ont l’attrait de la nouveauté et du défi (Gagné et Deci, 2005), nous postulons que les employé.e.s impliqué.e.s dans des SSI devraient être encore plus satisfati.e.s et présenter un niveau plus élevé de bien-être au travail par rapport aux employé.e.s. travaillant dans des ESI (Hypothèse 1), car les premier.ère.s participent à des initiatives qui sont par définition « nouvelles » et qu’elles constituent un défi,, alors que les second.e.s sont impliqué.e.s dans des organisations stables et caractérisées par des pratiques routinières. La seconde hypothèse est quant à elle issue de l’analyse de la littérature concernant l’innovation du travail (IdT). Celle-ci y est définie comme « tout changement stratégique introduit de manière participative qui concerne le pratique de management, les modes d’organisation et de déploiement de ressources humaines et non-humaines et qui permet d’améliorer simultanément les performances de l’entreprise et la qualité de vie au travail » (Eeckelaert et al., 2012, p. 4). Ainsi, le but principal de l’IdT est de proposer des solutions nouvelles pour améliorer la productivité des entreprises qui permettent en même temps de développer les compétences des travailleur.euse.s, d’implémenter une organisation du travail flexible ainsi que le potentiel novateur de l’organisation. Idéalement, l’ensemble du processus de l’IdT est basé sur les principes de participation et de confiance réciproque. Différentes évaluations de projets ont clairement montré que l’IdT a un impact positif sur la performance des entreprises et la qualité de vie au travail ( pour une revue, voir Pot, Dhondt, et Oeij, 2012). A partir de cette littérature nous postulons ainsi que (Hypothèse 2) l’innovation sociale de services per se pourrait ne pas être un facteur assez puissant pour améliorer la satisfaction et le bien-être au travail mais que les employé.e.s bénéficieront davantage de la mise en place du processus d’IdT. Le fait de mener une analyse des facteurs entrainant la satisfaction et le bien-être des travailleur.euse.s des ES au sein même d’un secteur (ici l’accompagnement à domicile des personnes âgées) et dont certaines sont réputées innovantes et d’autres pas, ainsi que le fait de mobiliser deux littératures comme celle sur l’innovation sociale et celle sur l’IdT qui habituellement peinent à se rencontrer constituent sans doute les principales originalités de notre contribution Pour tester les deux hypothèses discutées ci-dessus nous nous sommes appuyé.e.s sur les données issues de l’enquête WISDOM (2014-2017) qui analyse en profondeur les processus d’innovation sociale dans le secteur de l’accompagnement à domicile des personnes âgées (Degavre et Nyssens, 2008). 1137 travailleur.euse.s (dont 1078 femmes ; âge moyen = 43.21, ds = 18.00), employé.e.s majoritairement sous CDD (n = 1013, 92.1%) dans 11 SSI et 10 ESI, ont complété un questionnaire expressément conçu. Celui-ci comprend, entre autres, différents indicateurs auto-rapportés de satisfaction au travail (engagement et sens du travail) et de bien-être (épuisement émotionnel et symptômes de stress somatique) ainsi que de variables relatives à l’IdT (justice perçue, confiance envers le management, prévisibilité, conflit travail-famille, rythme de travail, possibilité d’innover, possibilités de développement, et influence sur le travail). L’analyse montre que, de manière générale, il n’existe aucune différence entre les employé.e.s des SSI et des ESI en ce qui concerne les indicateurs de satisfaction et bien-être au travail. Notre première hypothèse concernant les effets bénéfiques de l’implication dans une SSI n’est donc pas confirmée si l’on se limite à la comparaison des travailleur.euse.s des SSI et des ESI. Une série de régressions multiples incluant les variables relatives à l’IdT montrent au contraire que la satisfaction et le bien-être au travail sont prédits par l’ensemble de dimensions de l’IdT, à l’exception de la possibilité d’innover et l’influence sur le travail. Ces résultats suggèrent l’importance d’appliquer les logiques subjacentes à l’IS, non seulement au niveau du service proposé aux bénéficiaires, mais aussi dans la gestion des ressources humaines et dans l’organisation du travail. En d’autres termes, nos données suggèrent que l’IS n’est pas per se suffisamment porteuse de bienfaits si elle n’est pas accompagnée d’une innovation sociale du travail lui-même. L’article est en phase de finalisation d’écriture et, s’il est retenu, sera soumis pour publication dans les actes des Journées. I Bibliographie sélective Brolis, O., & Angel, V. (2015). Workers’ motivations and managerial practices in not-for-profit social enterprises. In EMES Conferences Selected Papers series. EMES. Brolis, O., et Nyssens, M. (2015). La qualité des emplois peu qualifiés : la mission de l’entreprise fait-elle une différence ? [Job quality of low-skilled workers: does the mission of the organization matter?]. Economie et Société, 7, 1047–1077. Degavre, F., et Nyssens, M. (2008). L’innovation sociale dans les services d’aide à domicile. Les apports d’une lecture polanyienne et féministe. Revue Française de Socio-Économie, 2, 79–98. http://doi.org/10.3917/rfse.002.0079 Eeckelaert, L., Dhondt, S., Oeij, P., Pot, F. D., Nicolescu, G. I., Webster, J., et Elsler, D. (2012). Review of workplace innovation and its relation with occupational safety and health. Eu-Osha. http://doi.org/http://dx.doi.org/10.2802/50497 Gagné, M., et Deci, E. L. (2005). Self-determination theory and work motivation. Journal of Organizational Behavior J. Organiz. Behav, 26, 331–362. http://doi.org/10.1002/job.322 Lanfranchi, J., et Narcy, M. (2008). Différence de satisfaction dans l’emploi entre secteurs à but lucratif et à but non lucratif: Le rôle joué par les caractèristiques d’emploi. Annals of Public and Cooperative Economics. http://doi.org/10.1111/j.1467-8292.2008.00361.x Nyssens, M. (2015). “Innovation sociale et entreprise sociale: quels dialogues possibles ? Une perspective européenne.” La Transformation Sociale Pas L’innovation Sociale. Retrieved from http://hdl.handle.net/2078.1/152306 Pot, F., Dhondt, S., et Oeij, P. (2012). Social Innovation of Work and Employment. In H.-W. Franz, J. Hochgerne, et J. Howaldt (Eds.), Challenge Social Innovation (pp. 261–274). Berlin, Heidelberg: Springer Berlin Heidelberg. http://doi.org/10.1007/978-3-642-32879-4_16.
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Casini, A., Callorda Fossati, E., Bensliman, R., Degavre, F., & Mahieu, C. (2017). Prendre part à une initiative socialement innovante est-il bénéfique pour les travailleur.euse.s ? Une analyse comparative intra-sectorielle de la satisfaction et du bien-être au travail des professionnel.le.s de l’accompagnement à domicile des personnes âgées en Wallonie. XXXVIIème Journées de l’AES: Economie sociale et Economie politique. Regards croisés sur l’histoire et sur les enjeux contemporains. https://hdl.handle.net/2078.5/270044