M’appuyant sur la perspective de Halbwachs sur la mémoire, je conçois le « terrain » comme un processus de socialisation induisant une incorporation du social qui passe par la localisation d’une mémoire collective à travers une mémoire individuelle dans et de l’expérience (Sabourin, 1997). Lors de ma recherche doctorale, les allers-retours fréquents entre l’Afrique et l’Europe en tant que « midsideuse » multisituée, mêlant des éléments d’ici et d’ailleurs, ont placé mon expérience de terrain sous le signe d’un mouvement incessant de relocalisation de la mémoire. Ce processus a consisté, dans un premier temps, en un processus de « réindigénéisation », voyant mon « sense of Self » (Joseph, 1988) se dédoubler, c’est-à-dire s’objectiver tout en se subjectivant, puis à faire advenir une « identité passante » (Mbembe, 2013 : 215) : la navigation entre le Moi et ses doubles a mis fin à l’illusion de l’homogénéité identitaire du Moi et m’a permis de comprendre, grâce au processus de réflexivité (à la fois activité socio-cognitive, disposition et dispositif), ma dimension incarnée comme instance de médiation de tout processus social, nécessaire pour me relier et agir (Waquant, 2010).
Djelloul, G. (2020). La réflexivité comme processus de médiation entre le Soi et ses doubles : De la réindigénéisation à l’éclosion d’une identité passante. SociologieS. Submitted. https://hdl.handle.net/2078.5/22412 (Original work published 2020)