A manipuler avec précaution. L'agenda de l'aide aux Etats fragiles et la dépolitisation de la coopération belge au développement en Afrique des Grands Lacs

(2020)

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Paye, Olivier
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(fr) L’objet de la présente recherche est d’étudier les transformations de la politique belge de coopération au développement induites par l’adoption, à l’échelle internationale, d’un « agenda de l’aide aux États fragiles ». Nous montrerons comment la politique publique belge de coopération au développement est passée d’une attention portée sur la prévention des conflits, à une attention portée sur l’efficacité (mesurable et mesurée) de l’aide elle-même, diluant progressivement les fins visées par ces politiques pour se concentrer davantage sur les moyens et instruments de leur déploiement. L’argument principal qui sera développé par cette recherche, est que ce passage s’observe d’abord à l’échelle internationale, où les agendas internationaux parallèles de la prévention des conflits par l’aide au développement, d’une part, et de l’efficacité de l’aide au développement, d’autre part, ont fait l’objet d’une synthèse par l’adoption de l’agenda de l’aide aux États fragiles. Ce changement s’est ensuite fait sentir en Belgique, non pas dans un processus de mise en œuvre linéaire de cadres définis à l’échelle internationale qu’il se serait agi de mettre en œuvre à une échelle nationale, mais plus exactement à un rythme, une dynamique et dans des processus propres à la Belgique. Ce glissement d’une aide au développement visant explicitement la prévention des conflits vers une aide au développement davantage centrée sur la mesure de ses performances est lié au rôle central donné à l’État perçu comme structure administrative fonctionnelle permettant d’agir comme pourvoyeur de services de base à sa population, est combiné à une approche de plus en plus managériale et a permis l’avènement de l’agenda de l’aide aux États fragiles, que l’on analyse ici comme un processus de dépolitisation de la coopération au développement, entendue comme un transfert progressif de responsabilités en dehors des mains du politique et des espaces de délibération publique. Le cadre théorique mobilisé par la recherche, au sein des sciences politiques et sociales, est celui de l’analyse de l’action publique, et en particulier de son approche cognitive (Surel 2010), et fait également appel à la notion de dépolitisation telle qu’elle a été reconceptualisée par deux auteurs anglo-saxons (Flinders et Wood 2014). La recherche est menée dans une démarche inductive, par un traitement des données sur un mode qualitatif. La méthodologie utilisée est avant tout celle de l’observation participante, voire de la participation observante, dans le cadre d’une recherche embarquée de plusieurs années, soit entre 2005 et 2015 environ, au sein de l’administration fédérale belge de la Coopération au développement.
Affiliations

Citations

Klimis, E. (2020). A manipuler avec précaution. L’agenda de l’aide aux Etats fragiles et la dépolitisation de la coopération belge au développement en Afrique des Grands Lacs.