Anishinaabeg et missionnaires jésuites dans la région des grands lacs nord américains (1844-1909) : analyse des dispositifs missionnaires de conversion au christianisme et des stratégies autochtones de résistance et d'adaptation au changement symbolique

(2003)

Files

Servais_O_1.pdf
  • Restricted Access
  • Adobe PDF
  • 6.96 MB
Servais_O_2.pdf
  • Restricted Access
  • Adobe PDF
  • 4.91 MB

Details

Authors
Supervisors
Meslin, Michel
;
Singleton, Michaël
Abstract
Ce travail part d'un constat : la résistance identitaire massive que la société Ojibwa (Anishinaabeg) contemporaine semble opposer depuis des décennies à une colonisation totale et notamment à la christianisation absolue. A travers un rapport à l'histoire extrêmement présent, et la mise en avant de figures traditionnelles anti-occidentales ancrées dans la tradition, comme celle du "Trickster", ces populations sont arrivées aujourd'hui à un étonnant compromis entre tradition et modernité, entre occidentalisation et affirmation identitaire. Or, une bonne part de la tradition scientifique a, jusqu'il y a peu, réduit à des épiphénomènes voire à des symptômes de fin de vie, les affirmations identitaires et les résistances de cette population. Cette position n'est pas neuve. Depuis la fin du XIXe siècle, et en parfaite concordance avec les thèses des évolutionnistes puis des culturalistes nord-américains, les chercheurs avaient irrémédiablement classé les Ojibwas dans la catégories des acculturés et des christianisés. Ce jugement s'amplifie encore pour les populations sédentarisées proches des centres missionnaires catholiques et protestants. De la tradition , et même de la culture Ojibwas, il ne restait peu ou pas grand chose à l'exception du passé. La recherche s'orienta dès lors vers deux champs majoritaires : l'ethnohistoire antérieure au XIXe siècle et l'anthropologie culturaliste. Ces deux orientations de la recherche tentaient toutes deux de sauver ce qui pouvait encore l'être de cette culture traditionnelle. Pourtant, à contrario de cette conception évolutionniste, et dès les années '60, différents mouvements Ojibwa ou panindiens montèrent en puissance, notamment dans des réserves "catholiques", en ressuscitant entre autres certaines figures traditionnelles que les anthropologues avaient enterrées depuis le début du XXe siècle. Il apparaît aujourd'hui probable que ces figures n'aient jamais disparu de la vie des Anishinaabeg, et cela malgré, et même grâce à, la christianisation. A travers une approche interdisciplinaire (enquêtes orales, sources ethnographiques, historiques, archéologiques, iconographiques et linguistiques) ce travail tente de montrer que, contrairement aux interprétations antérieures, les populations Ojibwas n'ont pas subi unilatéralement la colonisation et la christianisation blanches. Au-delà du trio de résistances habituelles (prophétismes syncrétiques, rébellions armées, indifférence), une panoplie étonnante d'autres dispositifs, plus ou moins bricolés et plus ou moins masqués, s'offre à l'examen du chercheur. En outre, ce travail s'attache à montrer que contrairement aux idées reçues, les missions catholiques furent paradoxalement des lieux de résistances identitaires fortes des populations Ojibwa qui les fréquentaient, et se positionnaient en cela de manière radicalement différente que les missions protestantes. La thèse se déploie ainsi en trois temps. Une première partie, donne l'état de la question avant le XIXe siècle, les méthodologies et les sources utilisées ainsi que leurs limites, et les questions épistémologiques sous-jacentes. Une seconde partie analyse, à l'échelle macro puis micro, et de manière diachronique, les quatre missions visées, en se focalisant principalement sur les interactions entre missionnaires et autochtones de 1844 à 1909. Enfin, la dernière partie, puis la conclusion, à la lumière des analyses précédentes, tentent une synthèse anthropologique de la gestion du changement symbolique chez les Ojibwas, depuis la rencontre avec l'Occident au XVIe siècle jusqu'à nos jours. Ressort également de ce travail : la corrélation évidente entre l'engagement politique des missionnaires pour la cause amérindienne et leur propension à convertir les autochtones ; une grande diversité des pratiques anishinaabe de résistance selon les individus ; une variabilité amérindienne de la gestion cognitive des appartenances religieuses et des positions idéologiques concernant l'évolution du mode de vie indien ; l'existence manifeste d'une double dichotomie d'opposition des missionnaires, entre idéalistes et pragmatiques d'une part, entre conservateurs et progressistes de l'autre ; enfin, s'avère évident le maintien de certaines formes de chamanisme métissées au sein même des réserves catholiques. In fine, cette thèse débouche sur un triple constat : - La persistance de la psychologie ojibwa traditionnelle avec notamment le maintien des figures du Trickster (Nanazbozho) et de l'Ennemi (Windigo) comme lieu constitutif de l'identité anishinaabé au tournant du 20e siècle ; - Le métissage de la figure de l'Allié (Pawagan) et sa confusion avec celle du prêtre catholique ; - La mutation importante de la cosmologie autochtone et sa christianisation massive.
Affiliations

Citations

Servais, O. (2003). Anishinaabeg et missionnaires jésuites dans la région des grands lacs nord américains (1844-1909) : analyse des dispositifs missionnaires de conversion au christianisme et des stratégies autochtones de résistance et d’adaptation au changement symbolique. https://hdl.handle.net/2078.5/187345