Bien loin de s’exclure mutuellement, la philosophie et l’art oratoire sont appelés à s’unir au service du bien commun. Ce sont là les vues de Cicéron (106-43 av. J.-C.), qui, s’il doit une part importante de sa très grande notoriété à sa carrière d’avocat et n’a publié d’ouvrages de philosophie qu’à un âge avancé, n’a eu de cesse de revendiquer le sérieux et l’ancienneté de son amour pour celle qu’il appelle « le plus beau présent que les dieux aient fait à la race des hommes ». Cette culture de la sagesse prend la forme d’une adhésion aux thèses de l’Académie sceptique, qui, parce qu’elles rejettent les affirmations trop catégoriques des pensées dogmatiques, permettent de peser ce que ces dernières ont à offrir afin d’y puiser autant que le suggère une raison consciente de ses limites. Aux certitudes se substituent ainsi des probabilités, qui n’en sont pas moins exprimées avec force et conviction : le faillibilisme que professe l’Arpinate sur le plan de l’épistémologie se double ainsi d’un engagement vigoureux en faveur d’une éthique d’inspiration nettement stoïcienne, au sein d’un projet d’ensemble soucieux autant d’équilibre que de cohérence.
Mercier, S. (2010). Introduction à la philosophie de Cicéron (I) : Portée et limites de la connaissance humaine. Folia electronica classica, 20. https://hdl.handle.net/2078.5/152532 (Original work published 2010)