En partant de l’idée selon laquelle le processus de Bologne a permis l’installation d’un « dispositif européen de l’enseignement supérieur », cet article étudie le rôle des learning outcomes (LO) dans le processus de création d’un espace européen de l’enseignement supérieur (EEES). Au départ du cas de la Belgique francophone, il présente en quoi l’approche par les LO, qui se heurte à des résistances parce qu’elle vise une mise en ordre des programmes de systèmes nationaux pluriels et augure le rapprochement des enseignements universitaires avec le monde du travail, conduit progressivement au passage d’un loosely coupled system à un tightly coupled system. Dans ce dernier système, la description des formations universitaires en termes de LO partagés par l’ensemble des systèmes européens d’enseignement supérieur (ES) et l’installation d’un méta-cadre qui véhicule un langage commun, conduisent à un renversement des processus de construction des programmes 1 dans lesquels le poids des acteurs est modifié. L’affaiblissement de la libre initiative pédagogique détenue jusqu’ici par les académiques va de pair avec l’accroissement du rôle des services pédagogiques à travers la concrétisation d’un « mythe pédagogique ». L’article questionne également l’affirmation selon laquelle l’approche par les LO est diversement envisagée par les académiques des secteurs des sciences humaines (qui la perçoivent plus négativement) et de la santé (qui en ont une vision davantage positive).
Croché, S., & Souto Lopez, M. (2015). Mise en ordre du travail académique par les learning outcomes. In Gorga A., Leresche J.-P. (ed.), Disciplines académiques en transformation. Entre innovation et résistance (p. p. 185-198). Les Éditions des archives contemporaines. https://hdl.handle.net/2078.5/194118