Cet ouvrage stimulant vise à rendre compte des interactions entre les genres de la poésie nuptiale et érotique « de Sappho à Claudien » (1; toutes les citations sont traduites de l’anglais américain par l’auteur du compte-rendu). Là où de nombreuses études antérieures identifiaient un poème comme appartenant à l’un ou l’autre de ces genres, cet ouvrage montre comment les poètes pouvaient infuser un genre dans l’autre afin de réaliser « l’érotisation du mariage et la nuptialisation de l’amour » (3). L’éventail des références est large, et les lecteur·rice·s apprécieront les nouvelles interprétations, entre autres, de Sappho, Anacréon, Euripide, Callimaque, Théocrite, Bion, Catulle, Horace, Properce, Ovide, Stace et Claudien, cette liste ne représentant qu’une petite partie des textes analysées. L’excellent index locorum présente une liste impressionnante de passages traités en profondeur (lettres en gras) et mentionnés (une distinction très utile). La méthode de Katherine WASDIN consiste à identifier les éléments propres à la poésie matrimoniale et à la poésie érotique, puis à montrer comment ces éléments s’insèrent dans le contexte de leurs homologues de manière à créer une tension productive au sein du poème entre le vocabulaire qui lui est ostensiblement propre, et ces éléments insérés. Alors que le premier chapitre est centré sur un auteur en particulier (Catulle), les autres sont thématiques, traitant de Hesperus/Phosphorus (ch. 2), des métaphores végétales (ch. 3), des modèles héroïques de l’amour et du mariage (ch. 4), des modèles divins de l’amour et du mariage (ch. 5), et du rôle de la violence persuasive dans la représentation de la cour et du mariage (ch. 6), ce dernier chapitre se terminant par la lecture de plusieurs poèmes de Claudien. Chaque chapitre thématique discute différents auteurs grecs et latins et couvre un large éventail chronologique. Un exemple type de sa méthode est offert dans la discussion des diverses allusions de Catulle (surtout dans les poèmes 61 et 68) au fait d’ « amener la mariée au domicile conjugal » (domum deductio) dans sa description de la maison (domus) où il a rencontré sa maîtresse (domina) ; en s’appuyant sur ce vocabulaire, Catulle, à la différence des élégies érotiques ultérieures, fait de la domina non pas une amante mais la maîtresse de maison, ou, comme Katherine WASDIN le dit merveilleusement, « une fausse femme au foyer érotisée » (p. 42). Catulle et sa bien-aimée jouent au papa et à la maman en quelque sorte, pour mieux vivre leur coexistence imaginaire, donnant à leur plaisir éphémère le soupçon de la durée d’un vrai mariage, la stabilité du mariage étant un aphrodisiaque pour les célibataires, et la brièveté de l’adultère un philtre d’amour pour les mariés.
Kachuck, A. (2022). Review of K. Wasdin, Eros at Dusk : Ancient Wedding and Love Poetry. L’Antiquité Classique, 91(1), 222-224. https://hdl.handle.net/2078.5/100930 (Original work published 2022)