En 1969, l’artiste américain Michael Kirby et l’artiste anglais Victor Burgin introduisent indépendamment l’un de l’autre la notion d’« esthétique situationnelle », considérant que l’objet n’est pas défini par ses qualités intrinsèques mais par le contexte dans lequel il s’inscrit. À première vue, cette approche correspond parfaitement à ce que Lucy Lippard a nommé la dématérialisation de l’art, à savoir la tendance à rejeter l’idée moderniste de l’objet autonome en faveur d’une approche conceptuelle prête à s’affranchir de la sculpture. Nous suggérons cependant, que les « conceptual objects » de Burgin et les « embedded sculptures » de Kirby, loin de nier l’objet et sa matérialité, emploient la photographie non pas pour dématérialiser l’objet, mais – bien au contraire – pour réagir face à un débat autour de la sculpture, en prônant un objet contextuel qui dépend inévitablement d’un lieu spécifique et de conditions de perception précises.
Streitberger, A. (2015). Une esthétique situationnelle. Les objets spécifiques de la photographie conceptuelle. Photo/Objet/Concept. Nouvelles approches de la photographie dans l’art conceptuel, Centre Pompidou, Paris. https://hdl.handle.net/2078.5/188359