(fr) Le roman du XIXe siècle, en quête de lettres de noblesse, redéfinit ses enjeux pour placer au centre de ses préoccupations la représentation de la société contemporaine. Cette reformulation passe par une rupture avec l’histoire du genre romanesque : le roman de réalité prétend faire table rase du passé et tend à éviter les références littéraires ou à s’en servir comme d’un repoussoir. George Sand, au contraire, inscrit sa représentation de la réalité dans des modèles hérités et déclarés. Cette thèse a pour objectif de décrire les modalités de cette représentation singulière de la réalité et d’en questionner les enjeux en mobilisant les concepts des études genre. Elle éclaire la pratique intertextuelle de Sand comme une voie d’accès rassurante à l’écriture : qui confond l’écriture et la lecture ; qui permet d’éviter les cases imposées à l’auteur par son sexe tout en se conformant en apparence aux imaginaires genrés (en particulier ceux de l’imitation et de la fiction comme pratiques féminines). Elle invite ainsi à relire la place de Sand dans l’histoire littéraire, et avec elle l’histoire du roman du XIXe siècle en mettant en question l’un des instruments fondateurs de cette histoire, l’opposition entre "novel" (roman de réalité dépourvu d’intertextualité) et "romance" (fiction renvoyant à des conventions romanesques connues de tous). Le cas de Sand invite plus largement à jeter des ponts entre les concepts de filiation (ou imitation) et d’intertextualité, et éclaire ce dernier phénomène dans un moment crucial de son histoire.