« Il semble qu’à côté j’entends quelqu’un gémir » - Ecrits poétiques de condamnés à mort en pays occupé, 1914-1918

(2015) Poésies et littératures combattantes 1914-1918 — Location: Bruxelles (4.March.2015)

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Pendant quatre ans, l’occupation de la Belgique et du nord de la France a généré différentes formes d’opposition de la part des populations occupées. L’une d’elle, clandestine et organisée, s’apparente au phénomène que l’on baptisera « résistance » une génération plus tard. L’appareil policier occupant s’est attaché à démanteler les organisations secrètes et à traîner leurs membres devant ses tribunaux militaires, les plongeant dans un univers carcéral aux parcours parfois complexes mais qui aboutiront à la mort de quelques centaines d’entre eux. Les parcours carcéraux de ces « résistants » ont généré toute une littérature, et notamment un certain nombre d’écrits poétiques. Les auteurs que nous allons passer en revue ont tous eu pour caractéristiques d’avoir été résistants et d’avoir été condamnés à mort. On peut dès lors se demander qui du résistant ou du condamné à mort a choisi de s’exprimer par la poésie et, partant, dans quel but il l’a fait. A vrai dire, tous n’ont pas eu recours à la poésie au même moment. Si la production de Louis Séverin et d’Alphonse Ramet précède clairement leur condamnation à mort, celle de Léon Jacquet, d’Abel Rivière, d’Henri Kusters, et de Henri Caignet apparaît comme une réponse à une mort qui se dessine de plus en plus clairement à eux. Notre analyse montre que cette littérature est d’abord une littérature de rupture, en ce sens qu’elle émane de personnes qui subissent des ruptures brutales dans le cours de leur existence et qui tentent de surmonter celles-ci, et d’aider leurs proches à le faire, au moyen d’une production poétique. Le choc carcéral est une première rupture ; la condamnation à mort en est une seconde ; l’annonce de l’exécution une troisième ; auxquelles on peut encore ajouter la perte de camarades de détention. Pour ne pas s’enfermer dans le rôle de la victime passive, les différents auteurs, confrontés aux ruptures successives qui scandent leur parcours carcéral, se font acteurs en prenant la plume. Cette poésie leur offre la possibilité de se mettent eux-mêmes en scène comme personnes de valeur dans un monde de sens, et ce avec une intensité qui ne fait que croître avec la proximité de la mort.
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Debruyne, E. (2015). « Il semble qu’à côté j’entends quelqu’un gémir » - Ecrits poétiques de condamnés à mort en pays occupé, 1914-1918. Poésies et littératures combattantes 1914-1918, Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/243697