(fr) "L’agente pénitentiaire revient sur le pas de la porte de l’atelier : Je vous ai demandé de vous mettre en gris!. Khaled montre du doigt les habits pénitentiaires qu’il a fait pendre dans le coin de la salle d’atelier et répond : Mais je suis en gris, je l’ai mis !, et désignant les habits civils qu’il porte, continue : ça, c’est mon déguisement de théâtre, c’est mon costume pour mon rôle".(Carnet de terrain, prison, 2016) La présente thèse a pour objet les ateliers de théâtre organisés dans les institutions privatives de liberté à destination des personnes recluses. Par le biais de l’observation participante, la chercheuse s’est immiscée dans ces ateliers afin d’observer les effets de comportements de jeu (théâtral et social) sur la structure générale des institutions. En s’éloignant d’une lecture utilitariste du théâtre en institution privative de liberté, la recherche a pour ambition de présenter les effets subversifs de l’organisation d’un atelier de théâtre en prison et en IPPJ (Institution publique de protection de la jeunesse). Par l’analyse de la confrontation de logiques divergentes, il s’agit, d’une part, de mettre en exergue le caractère paradoxal de l’encastrement le l’atelier de théâtre dans les institutions fermées et, d’autre part, d’observer la manière dont les acteurs sociaux vont pouvoir profiter de situations anomiques afin d’influer sur les interactions sociales en cours. Inspirée par le cadre de l’atelier théâtral et opérant sur le cadre de l’institution, la subversion est à comprendre comme un processus. S’éloignant des comportements confrontants ou de révolte, la subversion est plus insidieuse. Elle prend naissance dans une double action (jouer-déjouer) qui invite les acteurs sociaux à s’éloigner discrètement du rôle qui leur est prescrit par l’institution afin d’en interpréter un autre pour un temps court, mais suffisant pour donner une vue sur la possibilité de la construction d’une autre rationalité. Mettant l’accent sur des effets possibles et apparus de surcroit dans les situations observées, la présente étude propose également une analyse des déclinaisons possibles de la subversion de l’institution, analyse fondée sur un triptyque conceptuel : illusion, allusion, élusion. Ancrée en criminologie, la thèse se veut multi- et transdisciplinaire et contribue à une réflexion épistémologique allant au-delà de son objet par la présentation de l’articulation continuelle d’une démarche artistique à la démarche scientifique. L’analyse transversale permet également de distinguer les traits d’une posture éthique offrant les balises d’une réflexion sur la relation humaine en général. L’éthique de la subversion serait alors à comprendre comme la possibilité d’entrer dans une relation basée sur la cocréation d’une réalité. Dans ce sens, la subversion propose, imagine et insinue le doute, là où l’institution impose, reproduit et décrète.