Ma conférence s'articule autour de ces quatre questions : Qu'est-ce qu'un réalité post-coloniale ? Qu'est-ce qu'une approche post-coloniale et décoloniale, au sens sociologique du terme ? Comment ont-elles émergé ? Et en quoi les milieux de l'alphabétisation nous invite à les mobiliser ? Par ailleurs, je rends compte de cette donnée majeure, contre toute attente, de mon terrain : certaines parts du racisme symbolique, nourrissant à terme le racisme actif, impactent parfois un milieu où, pourtant, l’on – les enseignants en Français Langue Etrangère - est censé être "protégé" a priori par sa fréquentation quotidienne des migrants. Si la colonialité opère dans l’associatif, représentant a priori l’état social, qu’en est-il ailleurs, là où on ne connaît les migrants que par médias interposés ? Ma recherche en cours - sur les milieux bruxellois de l’alphabétisation des migrants - que j’évoque lors de cette conférence, a lieu dans un contexte bien particulier : de recompositions récurrentes des modes de discriminations raciales opérant au niveau matérielle et symbolique, local et global. Au sein de ce contexte le regard porté sur les extra-occidentaux ne peut être sans conséquence : il peut entretenir ou défabriquer une disqualification symbolique qui légitime des formes de violences institutionnelles, matérielles et physiques. Il peut également invisibiliser - ou non - les ressources complexes que mobilise le public migrant pour survivre à l'"exil final", au manque du pays d'origine, et aux modes de disqualification post-coloniaux.
Piolat, P. J. (2019). Milieux de l’alphabétisation et post-colonialisme. santé mentale en contexte multiculturel, Le Méridien asbl, Bruxelles. https://hdl.handle.net/2078.5/91689