(fr) Ce travail apporte une contribution à la question de la crise de l'expertise scientifique face aux « nouveaux risques ». Cette crise se caractérise par une perte de légitimité politique de l'expertise directement liée aux propriétés des risques contemporains. Ceux-ci placent l'expertise dans une situation ambigüe : d'une part la société reste dépendante de l'expert pour percevoir le risque, mais d'autre part, dans la mesure où l'expertise est aussi perçue comme productrice du risque, la société souhaite s'émanciper de cette dépendance. Nous abordons cette question en clarifiant le statut de cette ambigüité, relevée comme problématique par un nombre important des acteurs du débat. Nous proposons une explication générative de ce rapport devenu ambigu entre science et société. Une approche générative consiste à penser un rapport entre science et société capable d'expliquer positivement comment s'est formée l'ambigüité aujourd'hui problématique. Par opposition, une approche non-générative prend pour donnée la situation contemporaine d'autonomisation de la science sur le social. Or c'est précisément un échec concernant la capacité à formuler une telle explication que nous relevons au sein des réponses communément apportées au problème de l'expertise. Pour nous, cette insuffisance provient d'une définition inadéquate du concept d'objet mobilisé par les théories du risque. Les modèles participatifs, qui constituent l'outil principal de gestion de nouveaux risques, nous permettent d'observer qu'une définition donnée du concept d'objet limite la compréhension du rôle social joué par la science. Nous mettons en évidence comment la compréhension de la catégorie de l'objectivité permet de modifier la représentation du risque. Ce travail de reformulation s'effectue au sein des présupposés anthropologiques qui conditionnent les modèles participatifs de gouvernance du risque, essentiellement limités par leur vision de la modernité. Nous proposons de comprendre l'objectivité en relation à la possibilité d'assurer une neutralité de l'objet quant au degré d'exclusion sociale qu'il génère. Il en ressort une vision originale des formes d'expertise pratiquées aujourd'hui (notamment au travers d'une étude de cas). Se construisent alors des procédures de gestion du risque structurées par une vision positive du rôle social de l'expert. Celles-ci insistent sur l'importance d'une perception des rapports de réciprocité définissant le risque, à laquelle l'expert contribue pour former une réflexivité sociale.
Delval, Q. (2010). L’expertise scientifique face aux “nouveaux risques” : une approche générative de l’ambivalence moderne face au processus d’indifférenciation. https://hdl.handle.net/2078.5/130081