(fr) En avril 1989, le comité central du Mouvement populaire de la révolution (MPR), Parti-État, a libéralisé l’enseignement supérieur mettant officiellement fin à la compétence exclusive de l’État dans l’organisation de cet enseignement. Intervenue dans un contexte politique et institutionnel délétère, la reconnaissance de l’enseignement supérieur privé par l’entrepreneur de morale a permis aux entrepreneurs privés ayant des capitaux économique, social et culturel institutionnalisé de saisir et d’exploiter les « fenêtres d’opportunité » leur offertes. En analysant les universités privées émergeant et se développant en République démocratique du Congo et plus précisément dans sa capitale, cette thèse interroge les motivations qui incitent les entrepreneurs à fonder les établissements d’enseignement supérieur. Cette recherche a en effet révélé que la création des établissements privés par les entrepreneurs n’obéit pas aux mêmes motivations. Il y a la présence de commerçants qui ont trouvé une opportunité d’affaires pour réaliser du profit économique à travers l’offre privée de l’enseignement supérieur qu’ils proposent. D’aucuns qualifient ces établissements d’enseignement de « boutiques pédagogiques » de par leur orientation commerciale. Ils sont pour la plupart dénués d’infrastructures viables et d’équipements adéquats et, certains sont sans adresse fixe. Non seulement ces établissements sont caractérisés par une gouvernance académique opaque mais aussi les objectifs pédagogiques assignés à l’enseignement supérieur sont relégués au second plan : utilisation d’un personnel enseignant non attitré, exécution des matières en deçà des heures règlementaires prévues. On retrouve aussi des établissements qui ont été aussi fondés par des politiciens entrepreneurs pour leur servir de propagande ou pour leur amener un profit politique. À côté de ces deux catégories d’entrepreneurs, il est également des entrepreneurs qui s’efforcent de mettre l’aspect formation au centre de leur « entrepreneuriat éducatif ». Dans une démarche sociohistorique, l’analyse sur le fonctionnement et la construction de ces universités privées se rapporte au courant néo-institutionnaliste. Dans le cadre de ce référent théorique, les concepts de l’entrepreneur institutionnel et d’isomorphisme institutionnel ont permis de saisir l’interprétation de l’imitation comme manière de faire des entrepreneurs afin de légitimer leurs universités et, en même temps, comme facteur de leur homogénéisation.
Pidika Mukawa, D. (2013). Emergence et développement des universités privées à Kinshasa : essai d’application de la théorie de l’entrepreneur institutionnel. https://hdl.handle.net/2078.5/54491