Quand nous parlons de l’interdisciplinarité, il n’y va pas d’une simple apologie de l’hybride, ni de la promotion du carnaval postmoderne qui voudrait que tout soit lié, connecté dans un grand mélange joyeux et hétérogène, que toute chose doit se faire dans le dialogue et le respect. Une telle approche n’aurait rien d’éclairant et se satisferait très vite de l’opinion consensuelle. Bien plutôt, l’enjeu est politique avant d’être une simple juxtaposition des points de vue. Être aux bords des disciplines et refuser de dénoncer les croisements illicites, c’est faire tout autre chose qu’un vague frotti-frotta affectif avec les spécialistes des autres domaines ou les gens des milieux différents. Parce que les divisions des sphères d’activités se structurent avant tout comme des enseignements, des cadres qui mettent chacun à sa place, sa classe, imposant à chacun la tâche qui lui convient, et parce que ces partages se constituent comme des gardes-frontière qui définissent ceux qui font une discipline et ceux qui sont promis à rester dehors, défendre la multidisciplinarité c’est sortir de cette législation qui réserve aux compétents le soin de traiter de leurs propres affaires. Aussi, il sera question d’un effort de décloisonnement, de dresser une nouvelle carte de la compétence et de l’incompétence, des locuteurs autorisés et non autorisés.