André Renard (1911-1962) est l'une des figures les plus emblématiques et controversées de l'histoire du mouvement syndical belge, lequel va acquérir une puissance rarement atteinte à la fin de la vie de ce syndicaliste liégeois. Leader ouvrier et wallon,tribun populaire,personnalité reconnue au niveau européen et international, il joue un rôle essentiel lors de la grande grêve de l'hiver 1960-1961 avant de créer en mars 1961 le mouvement populaire wallon. Ce groupe de pression, véritable épine dans les pieds du Parti socialiste belge et de la Fédération générale du travail (FGTB) dont Renard fut le secrétaire général adjoint, va donner une assise populaire au mouvement wallon et au fédéralisme. Figure importante de la résistance durant la guerre, personnage incontournable et parfois insaissisable du bassin industriel liégeois et wallon, Renard , qui est aussi directeur du journal socialiste la Wallonie, refusera toujours de briguer des mandats politiques comme syndicaliste. A partir des années 40, il mène un combat résolu en faveur des réformes de structure inspirées par la plan du travail d' Henri de Man de 1933 et visant à assurer un contrôle effectif du mouvement ouvrier sur les organes de décision et de gestion de l'économie belge. Un combat qu'il conduit également sur le plan européen au sein du mouvement européen et surtout du comité consultatif de la CECA dont il assure la présidence en 1954. Renard sera l'un des premiers syndicalistes à défendre ouvertement la conclusion de conventions collectives au niveau européen. Partisan de l'indépendance syndicale, Renard est l'un des initiateurs de l'Action commune qui regroupe tant bien que mal à partir de 1949 les diverses composantes du mouvement socialiste belge. Dans ce cadre, il est en première ligne contre le retour de Léopold III sur le trône au moment de l'affaire royale et lors de la guerre scolaire en 1955 lorsqu'il défend l'école publique mais aussi des revendications sociales et économiques progressistes qui sont à ses yeux essentielles. Adepte de l'action directe avant et après la guerre, davantage réformiste dur et radical ensuite, Renard a poursuivi durant toute sa vie le grand projet d'une révolution constructive qui donnerait au monde du travail un véritable pouvoir dans une société qu'il rêve socialiste. Au-delà de la poursuite de cet idéal par ses successeurs, André Renard, par son caractère atypique sur l'échiquier belge,constitue une clé d'analyse essentielle pour comprendre l'histoire sociale et économique de la Belgique au 20ème siècle.