L’impératif d’agir contre le racisme est constitutif de l’antiracisme. L’action suppose de nommer et représenter son objet. Le discours antiraciste majoritaire en France pose que « les races n’existent pas » et, sur cette négation, définit son objet par une condamnation morale du racisme et une promotion de son supposé contraire, l’antiracisme. Cela n’empêche pas la prolifération d’idées et de propos racisants, véhiculés par d’autres catégories, tant l’antiracisme entretient avec son adversaire une rivalité mimétique qui en prolonge les logiques. Dans une perspective sociologique. En référence à une approche du racisme comme rapports social, cet article interroge la représentation médiatico-politique du phénomène et les problèmes qui en résultent. Plus spécifiquement, cet article examine comment et en quel sens opère le discours médiatique, afin de construire les frontières du racisme (vs non-racisme ou antiracisme) et d’entretenir un discours hégémonique sur l’ordre du problème, ses formes et ses significations sociopolitiques. À travers une analyse de discours de presse quotidienne régionale et locale, nous voulons montrer comment la représentation du racisme tend à dissoudre le problème dans une certaine représentation consensuelle de la nation, officiellement plus légitime mais non moins problématique.
Dhume, F., & Cohen, V. (2018). Dire le racisme, taire la race, faire parler la nation. La représentation du problème du racisme à travers la presse locale. Mots, 3(116), 55-72. https://doi.org/10.4000/mots.23059 (Original work published 2018)