La théorie de l'intérêt : un autre regard sur la motivation des élèves en éducation physique
Roure, Cedric
(2018) 10ème Colloque international de l’ARIS — Location: Lille (19.June.2018)
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Roure, CedricUCLouvain
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Se démarquant d’autres théories motivationnelles par sa relation privilégiée à un objet et sa dépendance vis-à-vis de ce dernier (Renninger & Hidi, 2016), la théorie de l’intérêt est un construit prototypique de la motivation intrinsèque des élèves. L’intérêt est conceptualisé comme une variable motivationnelle, dépendante d’un contenu ou d’un objet, qui nous indique pourquoi un élève est motivé pour s’engager et apprendre un savoir déterminé (Renninger & Hidi, 2016). Ainsi, parler d’un élève « intéressé » ou « pas intéressé » nécessite toujours une description de son objet d’intérêt. Par exemple, un élève peut être « intéressé » par les sports de raquette en EP, ou plus précisément par les situations de match en badminton, ce qui est conceptuellement différent d’être enclins à découvrir de nouvelles expériences, de poursuivre des buts d’approche de la performance ou encore d’avoir une motivation autodéterminée en EP. Selon la théorie de l’intérêt, les élèves s’engagent dans des comportements intrinsèquement motivés parce qu’ils perçoivent un lien entre les contenus ou objets proposés et leurs préférences personnelles, ou alors parce qu’ils sont attirés par des situations stimulantes proposées par les professeurs. Les chercheurs utilisant la théorie de l’intérêt ont démontré son utilité : (a) comme un construit théorique permettant de conceptualiser la motivation intrinsèque des élèves, (b) pour le développement d’interventions éducatives qui promeuvent l’intérêt des élèves pour certains domaines, et (c) comme un moyen permettant de renforcer la relation entre un élève et un objet d’apprentissage (Renninger & Hidi, 2016). L’intérêt comme une énergie déclenchant et maintenant des comportements d’élèves en relation avec une tâche, est pertinente en EP dans la mesure où les élèves s’engagent davantage et apprennent mieux lorsqu’ils sont intéressés par les contenus proposés. Trois caractéristiques principales ont été dégagées pour le construit de l’intérêt : (a) un état psychologique et un trait stable de la personnalité, (b) une dépendance à un objet ou un contenu, et (c) une prédisposition à se réengager dans le temps avec un contenu ou un objet. Premièrement, les chercheurs distinguent l’intérêt comme un état psychologique versus un trait stable de la personnalité, selon qu’ils se réfèrent à l’intérêt en situation ou à l’intérêt individuel. L’intérêt en situation (IS) renvoie à la réaction affective et à la focalisation de l’attention d’un élève, suscitée par la perception de stimuli dans l’environnement immédiat. Cet IS est généralement de courte durée même s’il peut se maintenir dans le temps en fonction des stimuli présents dans le contexte (Renninger & Hidi, 2016). A l’inverse, l’intérêt individuel correspond aux préférences relativement stables d’un élève vis-à-vis d’un objet particulier. Un élève peut par exemple avoir un intérêt individuel élevé pour le badminton, fruit de ses expériences antérieures et des compétences qu’il a développées dans cette activité. Toutefois, les chercheurs ont montré que l’intérêt individuel pouvait être aussi activé lors d’une situation d’apprentissage. A ce moment-là, cette actualisation de l’intérêt individuel correspond à un état psychologique et l’expérience d’un intérêt par l’élève est davantage basée sur son intérêt individuel que sur les caractéristiques de l’environnement (i.e., un intérêt en situation). Pour autant, les recherches n’ont pas permis de distinguer deux états psychologiques différents selon que l’origine se situait plutôt dans un intérêt individuel ou plutôt dans un intérêt en situation (Harackiewicz & Knogler, 2017). Au niveau conceptuel, le construit théorique de l’intérêt en situation en EP a été modélisé en cinq dimensions (Roure, Pasco & Kermarrec, 2016) : le plaisir instantané, l’intention d’exploration, la demande d’attention, la nouveauté et le défi. Concrètement, un élève en EP peut trouver de l’intérêt à pratiquer une situation s’il perçoit l’activité proposée comme nouvelle, proposant un défi à relever, exigeant de l’attention sur un point précis, procurant un plaisir immédiat et/ou permettant une exploration des possibilités offertes par l’environnement. Pour l’intérêt individuel, aucune conceptualisation n’existe à ce jour en EP, même si la littérature scientifique en éducation a identifié trois facteurs principaux composant cet intérêt comme un trait stable de la personnalité : (a) des affects positifs en lien avec l’objet d’intérêt, (b) des valeurs stockées en mémoire relatives à l’objet, et (c) une volonté de développer ses connaissances et de se réengager vis-à-vis de l’objet. La deuxième caractéristique principale de l’intérêt (qu’il soit en situation ou individuel) est qu’il est toujours spécifique à un objet ou un contenu. Il explique ainsi la propension d’un élève à se diriger et à être motivé par un objet ou un contenu. Enfin, en tant que prédisposition à se réengager dans le temps avec un contenu ou un objet, les chercheurs ont démontré que l’intérêt des élèves pouvait se développer et que le contexte éducatif pouvait soutenir ce développement (Hidi & Renninger, 2006). Concrètement, le déclenchement d’un IS dans une situation déterminée, peut sous certaines conditions, se maintenir dans le temps et ainsi conduire à l’émergence d’un intérêt individuel chez les élèves. A ce propos, Hidi et Renninger (2006) ont modélisé le développement de l’intérêt des élèves selon quatre phases consécutives. La première phase, appelée « déclenchement d’un intérêt en situation » renvoie à l’état psychologique d’un élève suscité par la perception de certains stimuli dans son environnement lorsqu’il interagit avec un objet ou un contenu. A partir du moment où cet état psychologique perdure dans le temps, c’est-à-dire que l’élève persiste dans son interaction avec l’objet, l’élève passe à une seconde phase dénommée « maintien d’un intérêt en situation ». Si l’élève est amené à se réengager à plusieurs reprises avec cet objet d’intérêt et que l’environnement supporte son engagement, alors il est possible que le maintien d’un intérêt en situation conduise à « l’émergence d’un intérêt individuel », troisième phase du modèle. Enfin, dans certains cas, l’intérêt individuel comme un trait stable de la personnalité peut perdurer et se développer, ce qui conduit à la quatrième phase correspondant à un « intérêt individuel bien développé ». Même s’il existe quelques travaux empiriques démontrant les quatre phases de l’intérêt dans le domaine des sciences (Rotgans & Schmidt, 2017), ce modèle n’a pas encore été testé à ce jour en EP, faute d’instruments de mesure adéquats. Ceci constitue donc une future perspective de recherche sur la théorie de l’intérêt en EP.
Roure, C. (2018). La théorie de l’intérêt : un autre regard sur la motivation des élèves en éducation physique. 10ème Colloque international de l’ARIS, Lille. https://hdl.handle.net/2078.5/47280