Les marges urbaines - interstices, espaces liminaires, établissements de fortune, … - et les personnes qui les habitent sont souvent interprétées comme exemples extrêmes d’invisibilité (les « sans-abri » par exemple), ou bien comme altérité dont la hyper-visibilité dérange et fait peur (c’est par exemple le cas des bidonvilles « roms »). Dans un cas comme dans l’autre, le devenir constant qui s’articule entre ces deux dimensions est nié au profit d’une réification des marges elles-mêmes. Cette réification finit par cacher l’autre côté - visible ou invisible - qui existe déjà en potentiel, et par aggraver les préjugés, affirmer et reproduire les logiques binaires, exacerber les conflits existants ou re-constituer les relations inégales de pouvoir (Allen 2004). Tout ce qui est visible n’est pas forcement vu, cela dépend du regard et de ses limites, de la capacité, de la volonté, voire du pouvoir, de voir ou de ne pas voir, de (se) rendre visible ou invisible. Ce qui est invisible peut être, en même temps, hyper-visible. La visibilité peut tuer, être source d’angoisse ou au contraire de bienfait. Il en est de même pour l’invisibilité. Elle peut être une stratégie de survie, de résistance, ou d’exercice de pouvoir. Les liens entre ces deux dimensions s’étendant bien au-delà d’un modèle binaire, il ne s’agit pas de les opposer l’une à l’autre mais bien de comprendre les relations qui existent entre elles. Ainsi, nous sommes convaincus de la nécessité de re-penser les marges (Lancione 2016) afin de nous éloigner des représentations figées et pré-déterminées, et d’ouvrir de nouvelles perspectives (académiques d’abord, politiques ensuite) porteuses d’espoir plutôt que de peur. Pour ce faire, nous proposons d’explorer les marges à partir de l’interdépendance entre visibilités et invisibilités, visibles et invisibles, considérés ici comme révélateurs des « plis » existants dans les systèmes de pouvoir à l’œuvre où de nouveaux devenirs sont possibles.
Rosa, E. c., & et al. (2017). In/visibility and the margins: starting assumptions of a research about homelessness in Brussels. 6th EUGEO Conference, Brussels. https://hdl.handle.net/2078.5/167699