Alors que la littérature contemporaine de langue française témoigne avec insistance des difficultés que l’individu contemporain éprouve à se situer dans le monde, l’errance ne pourrait-elle pas s’appréhender comme une manière de se réapproprier, de récréer certains rapports à l’espace, singuliers et multiples ? C’est cette proposition que j’entends explorer en étudiant de plus près les enjeux de l’errance au sein de trois romans de Jean Echenoz. Pourquoi Jean Echenoz, pourquoi l’errance ? D’abord, parce que Jean Echenoz, auteur français publié aux éditions de Minuit, porte une intérêt accru à la spatialité, en témoigne la mobilité de ses personnages. D’un roman à l’autre, les personnages ne cessent effectivement de se déplacer et ces déplacements ont ceci de singulier que nombre d’entre eux s’apparentent à des mouvements d’errance. Ensuite, parce que l’errance me paraît être un mouvement qui, par ses caractéristiques, questionne les usages quotidiens des routes, des voyages, des manières d’occuper les lieux et par là se construit comme une façon de pratiquer une certaine forme de « jeu utopique », c’est-à-dire comme une façon permettant une prise de distance par rapport au réel. Sur la base d’une tentative de définition de l’errance (construite à partir de l’étymologie du mot ainsi que de la philosophie de Deleuze et Guattari – plus précisément, les ouvrages L’Anti-Œdipe et Mille Plateaux) et d’une analyse de cinq romans de Jean Echenoz (Un An, Le Méridien de Greenwich, Les Grandes blondes,), cette communication cherchera donc à montrer que l’errance possède une véritable charge utopique, à même de permettre au personnage contemporain de nouer des rapport singuliers avec l’espace, en déjouant et en répondant aux problèmes et questions que celui-ci pose.