L’analyse matérielle de la Revue de l’Institut de Sociologie pendant l’Entre-deux-guerres permet de dégager différentes échelles : nationale, internationale et transnationale. La première révèle l’ancrage bruxellois, libéral et franc-maçon de la RIS qui, par ses thématiques, sa visée pragmatique et la collaboration des membres de l’Institut de sociologie Solvay, structure la sociologie au niveau belge. La deuxième analyse la collaboration d’auteurs étrangers : la RIS participe à un réseau libéral et franc-maçon international regroupant essentiellement la France, l’Italie et la Suisse, lequel défend une sociologie fonctionnelle anti-durkheimienne. De plus, elle ouvre ses pages à des savants menacés dans leur pays d’origine – l’Empire russe ou l’Allemagne – qui trouvent refuge à l’université libre de Bruxelles. Ce réseau à taille européenne s’exprime principalement en français ; il n’englobe ni la Grande-Bretagne, ni les États-Unis. La troisième dimension de type transnational porte sur la circulation des savoirs à travers l’échange de revues et la recension d’ouvrages en sciences historiques et en sciences de la religion. Elle indique une géographie savante plus étendue qui englobe les pays anglo-saxons et n’ostracise pas les anciens Empires centraux – Allemagne et Autriche – à l’instar d’autres sciences dans la période de l’après-Première Guerre mondiale.
Dutron, M., & Warland, G. (2025). La Revue de l’Institut de Sociologie au prisme de la géographie savante dans l’entre-deux-guerres (1920-1940). Les études sociales, 182(2). (Original work published 2025)