Repenser la masculinité : les époux restés au pays des mères migrantes philippines en France

Fresnoza-Flot, Asuncion
(2009) Les unes et les autres en migration: les rapports de genre entre public/privé — Location: Université Paul Verlaine de Metz et Centre Raymond Lambert à Talange (France), Centre de Documentation des Migrations Humaines de Dudelange (Luxembourg), et Université de Trèves (Allemagne) (14.May.2009)

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  • Fresnoza-Flot, AsuncionUCLouvain
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La migration des mères-épouses philippines, devenues principales ou uniques soutiens de famille, a récemment fait l’objet d'une attention scientifique et sociale accrue car elle engendre une reconfiguration des rapports de genre et de pouvoir dans la famille. Cette vague migratoire accompagne l’essor des mouvements migratoires des femmes à l’échelle globale, principalement destinées au secteur des services à la personne dans les pays développés. Avec l’émergence de nombreuses familles dont la mère se trouve à l’étranger, la représentation de la maternité pour les migrantes philippines prend un sens nouveau qui bouscule l’idéologie traditionnelle de genre dans leur pays (la mère comme gardienne du foyer et donneuse principale de soins, le père comme soutien financier de la famille). Cette redéfinition de la « maternité » des mères migrantes philippines suscite des questions en ce qui concerne le coût social de leur départ, notamment pour leurs enfants laissés au pays. De nombreuses études empiriques et théoriques se sont penchées sur cette problématique mais bien peu s’intéressent au sort des époux restés au pays, dont la situation nécessite cependant d’être examinée pour comprendre l’ampleur des implications du départ des mères-épouses dans la famille. Comment ces hommes gèrent-ils cette séparation ? Est-ce que leur vision de leur « paternité » se trouve également redéfinie par l’émigration de leurs épouses ? Notre recherche doctorale sur les mères migrantes philippines en France met en lumière les souffrances méconnues de ces époux restés au pays. Cette étude se base sur des observations et sur des entretiens avec 50 migrants philippins en Île-de-France (dont 35 mères migrantes) et 40 membres de leurs familles aux Philippines. Il est apparu au cours de ces enquêtes que les maris restés au pays subissent un sentiment d’inutilité, une honte d’eux-mêmes, principalement au début de la séparation avec leurs épouses migrantes ; ce sentiment de honte est aggravé par le regard souvent critique des membres de la famille étendue et de leurs voisins. De leur point de vue, les stratégies employées par leurs épouses immigrées en France pour maintenir des relations familiales intimes semblent plutôt destinées aux enfants et les négligent. Les avantages économiques obtenus grâce à la migration de leurs épouses camouflent en quelque sorte leur souffrance. Ils n'ont d'autre choix que de réinventer leur virilité, de redéfinir leur image de la paternité et de tenter de renforcer leur relation conjugale par diverses stratégies afin de donner un sens à leur situation contradictoire : être chefs d’une famille dont ils ne sont pas le principal soutien financier.
Affiliations
  • Université Paris Diderot - Paris 7Unité de Recherches 'Migrations et Société'

Citations

Fresnoza-Flot, A. (2009). Repenser la masculinité : les époux restés au pays des mères migrantes philippines en France. Les unes et les autres en migration: les rapports de genre entre public/privé, Université Paul Verlaine de Metz et Centre Raymond Lambert à Talange (France), Centre de Documentation des Migrations Humaines de Dudelange (Luxembourg), et Université de Trèves (Allemagne). https://hdl.handle.net/2078.5/207831