Dans un contexte de désaffection pour les matières scientifiques, nous avons souhaiter objectiver la relation que les élèves entretiennent avec les sciences, et plus précisément avec la biologie. Nous avons posé la question du sens des apprentissages en termes de rapport au savoir, pltôt que de motivation ou de mobilisation. La motivation, en effet, risque toujours d'être comprise comme simple stimulation à agir, fonctionnant en termes de stimulus-réponse et de renforcement. Nous avons collecté des données chez des élèves et leurs enseignants, dans l'enseignement secondaire supérieure, au moyen de "bilan de savoir". Le "bilan de savoir" est un texte, rédigé en classe en réponse à la consigne : "Qu'est-ce que t'apprend la biologie?" "Pourquoi apprendre la biologie?". Le "bilan de savoir" ne nous dit pas ce que l'élève a appris mais ce qu'il mobilise lorsqu'on le place devant une telle consigne. Nous posons l'hypothèse qu'il mobilise ce qui fait le plus sens pour lui, et que le bilan nous permet d'appréhender son rapport au savoir. Les bilans recueillis font l'objet d'une analyse quantitative, d'une analyse qualitative thématique et d'une analyse des pratiques langagières qui y sont mises en oeuvre. Nous avons ensuite procédé à des analyses factorielles et à des classifications automatiques. Les résultats de ces analyses mettent en évidences des rapports au savoir, au langage, à soi tout à fait différents. En particulier, nous avons pu distinguer des attitudes décentrée, de mise à distance et d'objectivation, et des attitudes autocentrées, prises dans les actions quotidiennes. Ces différences, qui relèvent à la fois de phénomènes langagièrs, épistémiques et identitaires, ne sont sans doute pas sans relations avec la performance de l'apprentissage. In fine, nous avons pu dégager et qualifier cinq familles différentes de rapports au savoir. Première famille de rapport au savoir-"rapports au savoir". Les élèves, présentant ce type de rapport au savoiraiment la biologie. C'est un cours qui les passionne. Mais lorsque nous analysons cet attrait plus en profondeur, nous constatons une absence d'intérêt pour les contenus scientifiques véhiculés par le cours. Leur enthousiasme va à l'ambiance du cours, se rattache à la personnalité de l'enseignant, mais cela ne suffit pas à les engager vers une démarche d'appropriation des savoirs. Ces élèves perçoivent la biologie comme étant une science descriptive. Deuxième famille de rapport au savoir -"rapport au Savoir". Les élèves de cette famille s'inscrivent dans une reflexivité. Apprendre à apprendre constitue leur leitmotiv. Ils évoquent également des activités cognitives qui, pour la plupart, n'existent que dans et par les utilisations du langage lui-même : activités de raisonnement, de classement, d'analyse, exprimées par des verbes comme "apprendre", "annalyser", "réfléchir", "résoudre", "interpréter", "comprendre", etc. Ces élèves répondent à notre consigne de rédiger un bilan de savoir disciplinaire par une réflexion générale sur le savoir. Troisième famille de rapport au savoir-"rapport au savoirs". Les élèves qui présentent cette forme de rapport au savoir, appréhendent la biologie par son pouvoir utilitaire plus que par ses articulations théoriques. La biologie leurs apporte ainsi des réponses à un questionnement de type physiologique. Quatrième famille de rapport au savoir-"Rapport particulier au savoir". Cette quatrième famille de rapport au savoir que nous avons pu mettre en évidence, regroupe des élèves qui objectivent leurs apprentissages en biologie et qui se posent résolument comme sujet de leur discours. Ces élèvent aiment la biologie tout en s'autonomisant du vécu des activités scolaires. Cinquième famille de rapport au savoir-"rapport extérieur au savoir". Enfin, dans cette famille, nous trouvons les élèves qui sont en retrait du savoir. Des élèves pour lesquels nous n'avons pas pu trouver de traces de mobilisation pour la biologie. Ces cinq familles de rapport au savoir confirment la fécondité de l'approche de la question du sens des apprentissages au moyen du concept de rapport au savoir.
Evrard, T. (2002). Identification de rapports au savoir dans l’enseignement des sciences (élèves de l’enseignement secondaire supérieur). https://hdl.handle.net/2078.5/124269