De Lampedusa au septième arc de l’Océan Indien : la migration des eaux infernales
Degrande, François
(2014) M...Belgique — Vol. 31, n° 31, p. 48-50 (2014)
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Degrande, FrançoisUCLouvain
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L’article propose une réflexion sur la gestion paradoxale des traumatismes dans l’actualité récente. À partir de deux catastrophes survenues en 2014, on est amené à repenser le clivage Nord/Sud. D’un côté de la planète, on constate un acharnement pour localiser les restes de l’avion-fantôme de la Malaysia Airlines disparu le 08 mars 2014; de l’autre, on peut déplorer que les naufrages à répétition des immigrés africains aux portes imperméables de l’Europe ne soient évoqués que lorsque l’hyperbole les rend dignes d’intérêt. L’article tend à montrer que le traitement du réel est marqué par des logiques plus fictives qu’il n’y paraît. Il semble qu’à trop chercher à éviter la chute à rebours, quitte à retourner la mer, sens dessus dessous, pour faire émerger la vérité, l’Occident verse dans le paradoxe temporel, soit une des clefs de la littérature fantastique : ([…] « la moindre modification du passé risquerait de vous empêcher, par ses conséquences dans le présent, d’avoir pu, précisément, la commettre ! »), (Picard, Lire le temps, p. 65). Tout est bon pour tenter de revenir en arrière alors que la gestion idéale de la catastrophe enseigne sagement qu’il n’est jamais trop tard pour réapprendre à composer avec l’irréversibilité temporelle. Cette analyse de l’actualité suggère qu’il faut réintégrer le hasard et l’accident dans notre grille de lecture des événements et se reconcentrer sur le sens sartrien de la «responsabilité»:«Notre responsabilité est beaucoup plus grande que nous ne pourrions le supposer, car elle engage l’humanité entière » (L’existentialisme est un humanisme). Plutôt que de continuer à pourfendre l’invisible et à ne pas voir ce qui est, en bons descendants de don Quichotte, il serait de bon ton d’en revenir à un traitement réaliste du réel. Eviter des catastrophes n’est pas la même chose que de remuer ciel et terre pour qu’elles n’aient jamais eu lieu.
Degrande, F. (2014). De Lampedusa au septième arc de l’Océan Indien : la migration des eaux infernales. M...Belgique, 31(31), 48-50. https://hdl.handle.net/2078.5/192861 (Original work published 2014)