À sa façon, Marguerite Duras procure à quelques-uns de ses personnages la « minute affranchie de l’ordre du temps » à la recherche de laquelle Proust a consacré sa vie. La seconde moitié du XXe siècle, dans le sillage de Proust, voit en effet l’apparition d’un nouveau topos (à entendre comme réseau d’éléments structurels et/ou métaphoriques) que constitue la scène d’atemporalité. Celle-ci est en effet repérable chez une majorité d’auteurs majeurs (Beckett, Cohen, Perec, Quignard, etc.), parmi lesquels Duras se détache en tant que figure exemplaire. L’expérience atemporelle n’appartient pas à l’ordre du temps chronologique abstrait créé par l’homme, mais serait plutôt de l’ordre du temps individuel propre au(x) personnage(s) et engagerait une réflexion sur l’écriture et sur l’existence, proches de celles qu’ont pu formuler Blanchot et Bataille.
Meurée, C. (2007). Processus atemporel durassien. In Myriem El Maïzi, Brian Stimpson (ed.), Marguerite Duras: écriture, écritures (p. p. 123-137). Minard. https://hdl.handle.net/2078.5/33580