Une importante littérature fait état des activités de récupération des déchets dans les villes de pays « dits du Sud » montrant comment celles-ci assurent des emplois et des revenus à des populations qui se situent aux marges du marché du travail et, souvent, aux marges de la société. Cependant, les activités de récupération et recyclage ne sont pas l’apanage des travailleurs de ces pays et, dans les pays industrialisés, elles constituent également des sources de revenu. Depuis longtemps des individus fouillent les dépotoirs ou les poubelles à la recherche de matières qu'ils peuvent revendre ou recycler. Néanmoins on observe un paradoxe : si la récupération transforme le déchet en ressource grâce à l’extraction de matériaux de valeur, ceux qui côtoient les déchets sont toujours porteurs d’un stigmate. Dans nos sociétés urbaines, parmi les groupes qui se livrent à cette activité, on retrouve également certains membres des populations Rom, migrantes des pays de l’Europe de l’est, notamment de la Roumanie, vers les villes de l’Europe Occidentale. Ces populations sont reléguées habituellement sur des espaces urbains en transition ou abandonnés, souvent à proximité de lieux utilisés comme dépotoirs. A partir du cas de la ville de Turin, en Italie, et d’une recherche de terrain sur les modalités de réalisation de cette activité ainsi que sur les relations à la ville des populations Rom, cette contribution propose d’analyser le travail de récupération des déchets non seulement comme une activité économique inscrite dans l’informalité mais également comme un marqueur de précarité sociale et spatiale. En effet, l’espace de vie des groupes Rom est également qualifié par la présence de déchets, issus en partie de leur activité de récupération. De plus, à Turin les politiques d’intégration par l’attribution de logements font de la propreté des espaces communs une épreuve permettant d’accéder aux programmes institutionnels. Entre pratiques professionnelles, formes de « résistance ordinaire » et stigmate, cette communication analysera la place de ce travail de récuperation dans la relation à la ville des populations Rom.
Rosa, E. c., & Cirelli Claudia. (2014). Waste recovery as a relationship to the city: between marginality and integration. 14th International Days of Sociology of Work, Lille. https://hdl.handle.net/2078.5/167686