L’apport des grammaires de construction à la phraséologie : quelques éléments théoriques et leur application dans les corpus

(2018) Journée d’étude internationale La phraséologie : corpus et méthodes — Location: Université de Lorraine, Nancy, Laboratoire CNRS Atilf (5.October.2018)

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Les grammaires de construction (Booij 2013; Croft 2001, 2013; Fillmore 1988; Goldberg 1995, 2003, 2006; Hoffmann & Trousdale 2013) représentent aujourd’hui l’une des théories générales du langage les plus en vue. Issues de la linguistique cognitive, elles répondaient au départ au souci d’intégrer dans la théorie grammaticale les expressions idiomatiques, reléguées par la grammaire générative au rang des exceptions. La phraséologie apparaissait en filigrane des premiers travaux de grammaire de construction, même si le terme lui-même n’était pas utilisé, ce qui devait d’ailleurs se vérifier par la suite. Aujourd’hui encore, phraséologie et grammaire de construction se rencontrent lors de rares colloques, alors que leurs problématiques sont largement identiques. Dans cette contribution, nous tenterons de montrer que certaines ambiguïtés subsistent au sein des grammaires de construction quant à la place des unités phraséologiques, perdues parmi la diversité des constructions, depuis les constructions abstraites (par exemple le passif, les constructions transitives) jusqu’aux constructions dites substantives (les mots traditionnels et expressions idiomatiques notamment). A cet axe vertical se joignent en effet, selon les auteurs, une ou deux dimensions supplémentaires : l’une correspond au niveau de complexité, l’autre à l’enracinement cognitif (en anglais : entrenchment). De même, le statut des constructions effectives (constructs) et sous-jacentes (constructions) ne laisse pas de susciter des controverses : faut-il considérer, comme l’affirme Wulff (2013), que toutes les constructions sont de quelque manière idiomatiques? Convient-il au contraire de réserver la phraséologie aux seules constructions dont le degré de figement est avéré ? Les corpus et la statistique permettent heureusement d’éclairer quelque peu le débat théorique. Le français dispose à cet égard de nombre de constructions particulièrement intéressantes, y compris dans le langage familier. Ainsi, on peut voir dans les expressions populaires nul de chez nul, facho de chez facho une construction syntaxique complexe, ADJ(i) de chez ADJ(i), qui comporte à la fois des éléments dit schématiques (l’adjectif utilisé deux fois), et des éléments spécifiques. Ce type de construction, qui hérite lui-même de constructions plus abstraites, permet de vérifier à partir des corpus dans quelle mesure la notion de phraséologie peut être invoquée aux divers échelons du vaste réseau probabiliste que forment les constructions. Nous proposons une méthode inspirée de la recherche d’information et de la linguistique computationnelle (Colson 2017a, 2017b) afin de mesurer le degré de figement et d’attraction entre les constructions. Il en ressort que la phraséologie garde bien sa place dans le débat linguistique, et que les échanges avec la grammaire de construction sont bénéfiques aux deux disciplines. Références Booij, G.: Morphology in Construction Grammar. In: Hoffmann, Th., Trousdale, G. (eds.): The Oxford Handbook of Construction Grammar. Oxford University Press, Oxford / New York, pp. 255-273 (2013). Colson, J.-P. The IdiomSearch Experiment: Extracting Phraseology from a Probabilistic Network of Constructions. In: R. Mitkov (ed.), Computational and Corpus-based phraseology, Lecture Notes in Artificial Intelligence 10596. Cham, Springer International Publishing, 2017, p. 16-28. (2017a) Colson, J.-P. A la croisée des corpus et de la phraséologie : une proposition d’outil informatique. In : L. Meneses-Lerin (dir.), Corpus et ressources numériques : nouveaux paradigmes de recherche en linguistique, en didactique et en traduction, Studii de Linguistică 7, p. 13-26. (2017b) Croft, W.: Radical Construction Grammar: Syntactic Theory in Typological Perspective. Oxford University Press, Oxford (2001). Croft, W.: Radical Construction Grammar. In: Hoffmann, Th., Trousdale, G. (eds.): The Oxford Handbook of Construction Grammar. Oxford University Press, Oxford / New York, pp. 211-232 (2013). Fillmore, Ch.: The Mechanisms of Construction Grammar. Berkeley Linguistic Society 14, pp. 35-55 (1988). Goldberg, A.: Constructions: A Construction Grammar Approach to Argument Structure. University of Chicago Press, Chicago (1995). Goldberg, A.: Constructions. A New Theoretical Approach to Language. Trends in Cognitive Sciences 7(5), pp. 219-224 (2003). Goldberg, A.: Constructions at Work: The Nature of Generalization in Language. Oxford University Press, Oxford (2006). Hoffmann, Th., Trousdale, G. (eds.): The Oxford Handbook of Construction Grammar. Oxford University Press, Oxford / New York (2013). Wulff, S.: Words and Idioms. In: Hoffmann, Th., Trousdale, G. (eds.): The Oxford Handbook of Construction Grammar. Oxford University Press, Oxford / New York, pp. 274-289 (2013).
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Colson, J.-P. (2018). L’apport des grammaires de construction à la phraséologie : quelques éléments théoriques et leur application dans les corpus. Journée d’étude internationale La phraséologie : corpus et méthodes, Université de Lorraine, Nancy, Laboratoire CNRS Atilf. https://hdl.handle.net/2078.5/125051