Quel rôle l’éducation peut-elle jouer face à l’enjeu majeur du changement climatique ? Discursivement et institutionnellement, elle est investie d’un espoir immense. L’éducation serait la condition sine qua non de toute transformation durable. Or, en pratique, son rôle dans les politiques climatiques reste mineur. L’analyse du Plan National Énergie Climat (PNEC) belge montre que l’éducation n’occupe jamais un statut comparable aux leviers économiques ou technologiques qui structurent l’architecture de la transition. L’éducation est traitée comme une assurance sociale et un lubrifiant des réformes, plutôt que comme un moteur autonome de décarbonation. Pourtant, une éducation à l’environnement et au changement climatique se développe de plus en plus dans les écoles. Au-delà de ce que les plans politiques déclarent, que savons nous réellement de cette éducation scolaire en tant que pratique ? Que pouvons nous dire de son efficacité ? La littérature internationale existante suggère que les programmes scolaires se focalisent souvent sur la littératie climatique (savoirs scientifiques, compréhension du système climatique), ce qui développe les connaissances, mais beaucoup plus rarement les changements de pratiques durables ou l’engagement civique. C’est le knowledge action gap et la limite bien connue du paradigme du déficit d’information : informer ne suffit pas à transformer. Pourtant, il existe une pluralité d’approches éducatives au climat dans les écoles, encore peu documentée. Cette diversité demande à être décrite et étudiée. C’est l’un des objectifs du projet CLIMEDUC, lancé au GIRSEF en octobre 2025, qui vise à cartographier, analyser et comparer les différentes formes d’éducation au climat effectivement mises en œuvre. L’efficacité même des programmes d’éducation au climat n’est probablement pas uniforme. Elle dépend vraisemblablement de leur capacité à adresser différentes formes structurelles d’invisibilité qui caractérisent l’occultation du changement climatique dans les sociétés du Nord. En conséquence, nous faisons l’hypothèse que l’éducation au climat est d’autant plus opérante qu’elle ne se contente pas de transmettre des connaissances, mais qu’elle agit comme un travail de re visibilisation. Plus précisément, les programmes les plus efficaces devraient être ceux qui : réinvestissent la matérialité (en développant une littératie énergétique et matérielle concrète, qui ouvre les boîtes noires des infrastructures) ; politisent le sensible (en reconnectant l’alerte climatique à l’expérience du corps et aux pratiques quotidiennes) ; et redéfinissent l’efficacité éducative non à l’aune du seul savoir transmis, mais à sa capacité à réduire la distance entre le sujet et sa base matérielle et politique de vie. C’est cette hypothèse et le cadre des invisibilités cognitive, matérielle, sensible, axiologique et politique que la communication présentera comme fondement du programme de recherche CLIMEDUC.
Draelants, H. (2026). Face au changement climatique, quel rôle pour l’éducation ? « Quels horizons pour l’Éducation ? Regards croisés praticien·nes – chercheur·euses », Louvain-la-Neuve. https://hdl.handle.net/2078.5/266940