I. Section théorique : <BR> Les travaux existants en médecine psychosomatique sont relus à la lumière d’un concept « phare », celui de « contrôle » : la plupart des écrits s’y réfèrent de manière implicite sous différents vocables et dans des modèles issus d’horizons théoriques différents. Le « lieu de contrôle » (que nous préférons désigner par l’expression « degré subjectif d’auto-maîtrise ») nous a semblé adéquat pour aborder le questionnement psychosomatique sut le plan individuel. L’intérêt de l’approche familiale systémique en médecine se greffe, lui, sur les situations, nombreuses, où le contrôle est réparti sur plusieurs membres d’un système familiale (hétéromaîtrise). Le registre intitulé « psychoimmunologie » est un champ d’illustration extrêmement riche pour, d’une part, mettre à jour des relais par lesquels transiterait la toxicité de la perte de contrôle, et d’autre part observer comment les dimensions environnementales et familiales peuvent influencer les processus fins dans le registre de la santé. Les tendances des travaux actuels forment un certain consensus autour d’une approche plurifactorielle des pathologies, moins en recourant à de grandes théories unifiantes que par l’entremise de la recherche de maillons intermédiaires plus modestes mais démontrables et reproductibles. <BR> II. Section empirique <BR> Trois grandes hypothèses sont émises et soutenues. <BR> La première hypothèse, selon laquelle le sentiment d’auto-maîtrise contribue au maintien de l’intégrité psychosomatique du sujet, est démontrée dans les domaines suivants : a) dans les registres des douleurs postopératoires (après chirurgie cardiaque), des céphalalgies (céphalées de tension et migraines) ainsi que des douleurs associées à l’ischémie myocardique chez le coronarien. b) dans le domaine du diabète, un lieu de contrôle interne contribue au maintien de l’intégrité métabolique. c) dans le domaine de l’immunité, parmi les sujets déprimés, de sont ceux qui ont un lieu de contrôle davantage interne chez lesquels la vitalité de l’activité NK est conservée, comparativement aux externes. d) dans le domaine de l’évolution de la dépression majeure, le caractère interne du lieu de contrôle constitue un critère pronostique favorable. La seconde hypothèse, selon laquelle l’auto-maîtrise n’est pas seulement une variable individuelle mais aussi une particularité qui s’inscrit en continuité avec la dynamique relationnelle, est démontrée au vu de données relatives aux céphalalgies : les sujets fatalistes, ayant perdu leur sentiment d’auto-maîtrise, décrivent une cohésion faible dans leur entourage familiale. De plus, ils décrivent un couple rigide et peu adaptable. Dans l’étude de l’effet de la psychothérapie, il apparaît que l’augmentation du vécu d’auto-maîtrise du sujet s’opère simultanément avec une diminution du caractère cohésif et centripète de la famille d’origine. En médecine psychosomatique, les données montrent que l’internalité du lieu de contrôle ne s’oppose pas, au fait de faire confiance aux autres (famille, médecins). La troisième hypothèse, selon laquelle le sentiment d’auto-maîtrise se modifie en psychothérapie dans le sens d’une plus grande internalité, se vérifie de différentes façons : le lieu de contrôle général (vie courante), le lieu de contrôle spécifique à la santé, le vécu subjectif d’auto-maîtrise mesuré par l’échelle visuelle analogique, le vécu subjectif de la qualité de vie (santé générale, humeur, confiance en soi, relations avec les autres, sommeil) évoluent tous dans le sens d’une plus grande internalité durant la psychothérapie. <BR> III. Conclusions <BR> Les trois hypothèses se trouvent globalement confirmées au vu de nos données, dans les limites bien sûr des champs de la médecine où elles ont été investiguées. Nos résultats suggèrent que le médecin a intérêt à promouvoir une participation active du patient aux questions qui touchent à sa santé. Le degré subjectif d’auto-maîtrise participe, dans une certaine mesure, au maintien de la santé, pour autant qu’il ne se fige pas dans une forme extrême. Cette auto-maîtrise subjective n’est pas un « donnée » irréversible pour l’individu : elle évolue en relation dynamique avec l’environnement, en particulier familial, elle se modifie dans le décours du travail psychothérapeutique. L’auto-maîtrise n’est bien sûr pas une « panacée » : la croyance dans le contrôle est en principe positive sauf si pour se maintenir elle force le sujet à recouvrir à des altérations de l’état de conscience, par exemple en recourant à l’alcool. De plus, ce n’est point tant la présence de l’un ou l’autre pôle de lieu de contrôle ‘externalité ou internalité) qui peut jouer un rôle protecteur pour la santé que la souplesse qu’a l’individu, selon les circonstances et les ressources en présence, à recourir à l’un ou l’autre de ces deux pôles
Affiliations
UCLouvainMD/MED/NOPS/PSCL - Unité de recherches cliniques psychiatriques
Citations
APA
Chicago
FWB
Reynaert, C. (1995). Pour une approche psychosomatique : entre santé et maladie: le sentiment d’auto-maîtrise. https://hdl.handle.net/2078.5/111347