Dans cet article nous explorerons la dimension émotionnelle du devoir filial dans un contexte transnational. Cette dimension émotionnelle renvoie ici au travail de gestion des émotions compris comme les compétences et les efforts nécessaires pour gérer ses propres émotions ainsi que celles des autres, dans la sphère privée (Exley & Letherby 2001). L’une des facettes de ce travail consiste à articuler – souvent inconsciemment - les émotions ressenties et la situation dans laquelle un individu se trouve, guidé en cela par les règles émotionnelles définies culturellement (Hochschild 1979, 1983, 1998). Nous verrons que le travail de gestion des émotions est une dimension importante des pratiques de soin transnationales dans lesquelles les migrants salvadoriens installés à Perth, en Australie occidentale, s’engagent afin de remplir leurs obligations envers leurs parents âgés demeurés dans leur pays d’origine. Nous montrerons en particulier que ce travail vise non seulement à l’amélioration du bien-être des parents âgés, mais également à gérer des événements présents ou futurs que l’éloignement rend particulièrement pénibles, comme la maladie ou le décès d’un parent. L’enjeu consiste, pour le migrant, à réaffirmer son identité de « bon » fils ou fille qui tente de remplir au mieux ses devoirs envers ses parents malgré la distance.
Merla, L. (2010). La gestion des émotions dans le cadre du devoir filial: le cas des migrants salvadoriens vivant en Australie occidentale. Recherches sociologiques et anthropologiques, 41(1), 55-76. https://hdl.handle.net/2078.5/149354 (Original work published 2010)