Qu'est-ce que l'habitation ? Les enjeux phénoménologiques du concept d'essence affective chez Jean Ladrière.

Bataille, Mathilde
(2019)

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  • Bataille, MathildeUCLouvain
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Alors qu’il médite sur le sens ontologique de l’habiter, Ladrière croise le chemin de Merleau-Ponty. Il est par lui conduit à s’interroger sur ce que la description a découvert d’essentielle à la manifestation de la ville : sa singularité. Le récit que nous livre Merleau-Ponty de son voyage à Paris est bien le récit d’une manifestation dont le caractère singulièrement unique appelle à une requalification phénoménologique de l’essence. À l’essence des logiciens, l’essence abstraite, il oppose l’essence affective. Au récit de Merleau-Ponty en succède un second, mais dont les implications phénoménologiques sont tout autres. Ce récit, c’est celui de Proust. S’il ne s’est jamais rendu à Parme, Proust demeure pourtant aux yeux de Ladrière le spectateur d’une manifestation analogue à celle immédiatement évoquée. La description, supportée par l’imagination, révèle l’essence. Le passage de l’une à l’autre description, qui signale en réalité le passage de l’espace vécu à l’espace imaginé, nous porte à repenser l’essence affective depuis l’alternative suivante : soit c’est l’essence même de la ville qui est affective, et c’est la distinction du fait et de l’essence qui est remise en cause ; soit c’est l’acte par lequel nous faisons de la ville un milieu habitable qui est par essence affectif, et c’est la description de cet acte qu’il faut fonder phénoménologiquement. C’est cette voix que Ladrière se propose d’explorer. C’est dans la profondeur immanente de l’affectivité que bruisse l’émergence de la figure essentielle des choses du monde. Pour Proust, pour autant qu’il la désire, Parme se met à exister. Parme, dont l’être n’est jamais ainsi sans Proust, se pense en lui. Or, comment fonder phénoménologiquement cette appropriation symbiotique et réciproque du désiré et du désirant ? Il s’agissait alors pour nous de revenir au lieu où Ladrière situe la manifestation – l’imaginaire – et de déterminer ce qui devait amener Ladrière à se tourner vers l’expérience esthétique pour comprendre comment, dans les tréfonds de l’immanence affective, l’art structure la subjectivité. Comment comprendre que le sujet, dans la sphère pure d’une vie close, se constitue en réceptivité, en capacité transcendantale d’accueil, si ce n’est effectivement à postuler que la donation affecte les couches les plus inférieures de la conscience ? C’est l’une des hypothèses que les pages consacrées à l’esthétique permettent de forger. Ladrière y laisse entendre que les puissances affectives, indifféremment comprises comme sensibilité et comme sentiment, ont cette capacité à affecter la subjectivité pure. On conçoit alors une première ébauche d’articulation au sein même de l’immanence. La subjectivité pure, dont le propre est d’être sans distance à l’égard d’elle-même, n’est jamais directement exposée au sensible mais à une forme d’extase temporelle (d’où le passage par les arts du temps) que les puissances affectives, à hauteur de l’expérience, ont pour fonction de structurer. En soutenant, contre ses propres analyses, que la subjectivité pure n’est pas simplement fondatrice, mais animée d’une vie qui reste étroitement corrélée à la facticité, Ladrière met définitivement en branle la possibilité de concevoir la subjectivité comme un noyau dur d’immanence.
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Citations

Bataille, M. (2019). Qu’est-ce que l’habitation ? Les enjeux phénoménologiques du concept d’essence affective chez Jean Ladrière. Penser le monde et l’habiter. Accepted/in-press.