Les « néo-remarqueurs » puristes d’Instagram : le cas de Karine Dijoud et de
Docanglicismes. Normes prescriptives ou normes fictives ?
Au XXIe siècle, la place qu’occupent les réseaux sociaux numériques, dans la vie des
locuteurs, est indiscutable. Les discours épilinguistiques outrepassent, désormais, les contextes privés
d’énonciation pour se manifester de manière publique (Osthus, 2018). Sur ces mêmes réseaux–
particulièrement Instagram – les « néo-remarqueurs » commentent, critiquent, voire même
proscrivent certains usages linguistiques : anglicismes, étymologie, lexique francophone,
néologismes, syntaxe, et phonétique sont scrutés de près.
Dans le cadre de cette communication, nous souhaiterions étudier particulièrement deux
instagrameurs : lesparenthesesélémentaires (Karine Dijoud) et Docanglicismes_français. La
première instagrameuse comptabilise, à ce jour, plus de 4000 publications (réels et images) et est
suivie par plus de 430 000 abonnés. C’est une véritable « influenceuse ». Le deuxième, moins connu,
compte 286 publications (principalement des images) et est suivi par plus de 1000 abonnés. Afin de
restreindre et de comparer les deux corpus, nous nous concentrons sur les cinquante publications les
plus récentes de chaque instagrameur.
L’analyse de l’argumentaire épilinguistique, employé par ces instagrameurs, révèle que
l’idéologie puriste est extrêmement récurrente dans leurs propos comme l’avait déjà remarqué Damar
(2010) sur des corpus plus anciens. En effet, les prescriptions et les restrictions d’usages linguistiques
sont les pratiques langagières qu’ils privilégient (Paveau et Rosier, 2008). En vue de classer et
d’analyser ces propos, nous nous appuyons sur le modèle théorique de l’Imaginaire linguistique
(Anne-Marie Houdebine, 1996, 2011). Ce modèle, fondé sur l’opposition des normes objectives et
subjectives, nous permet de comprendre finement l’argumentaire puriste. Ces deux instagrameurs
emploient-ils encore, au XXIe siècle, des normes fictives (beauté, sonorité, supériorité du français
parisien) pour privilégier certains usages linguistiques ? Quelle place occupent les normes
prescriptives dans leurs jugements ? Les normes identitaires sont-elles fréquentes dans l’imaginaire
linguistique de ces commentateurs ?
Après avoir étudié les représentations épilinguistiques de ces deux instagrameurs, nous
souhaiterions les comparer avec celles de leurs abonnés. Les locuteurs ordinaires – qui suivent ces
deux comptes puristes – manifestent-ils, toujours, cette idéologie ? Quelles sont les pratiques
épilinguistiques argumentatives les plus fréquentes dans leurs technodiscussions, pour reprendre la
terminologie de Paveau (2017) ? Repère-t-on un changement dans l’imaginaire linguistique ? Les
technocommentaires des locuteurs populaires (Becker 2024) – étant fort nombreux – sont extraits
grâce à un outil de scraping (Esuit) et sont ensuite déversés sur Voyant Tools. Ce dernier outil
d’analyse linguistique nous permet de visualiser, finement, l’argumentaire des discours
épilinguistiques.
Cette proposition entend ainsi contribuer à une meilleure compréhension des nouvelles
formes de normativité linguistique à l’œuvre dans les espaces numériques et de la manière dont
elles reflètent, renforcent ou transforment l’idéologie puriste contemporaine.
Les autres termes créés par composition, par M-A Paveau, sont technolocuteur, technomot, technosigne, etc.
Nous y recherchons, entre autres, les termes : beauté, magnifique, accent, se dit, ne se dit pas, norme, pureté, oreille, saignement des oreilles,
dictionnaire, horrible, francophone, etc. Termes topiques du discours puriste (Paveau et Rosier, 2008).
Références
Becker, Lidia (2024), Introduction : réflexions théoriques et historiographiques sur la linguistique
populaire, in Manuel de linguistique populaire, Becker, Lidia, Herling, Sandra & Wochele, Holger
(Eds). Berlin/Boston : De Gruyter, 1-36.
Damar, Marie-Ève (2010), De la polymorphie du purisme linguistique sur l'Internet, Langage et
société, 1, 113-130.
Houdebine, Anne-Marie (1996), Imaginaire linguistique et dynamique langagière. Aspects théoriques
et méthodologiques, La Bretagne Linguistique, 10, 1-15.
−(2011), Concept ou théorie : l’imaginaire linguistique, sa formation, son extension, in L’imaginaire
linguistique dans les discours littéraires politiques et médiatiques en Afrique, Nglasso-Mwatha (Ed).
Pressac : PUB, 29-50.
Osthus, Dietmar (2018), À la recherche du “locuteur ordinaire” : vers une catégorisation des
métadiscours, Les Carnets du Cediscor, 14, 18-32.
Paveau, Marie-Anne (2017), L’analyse du discours numérique. Dictionnaire des formes et des
pratiques, Paris : Hermann.
Paveau, Marie-Anne et Rosier, Laurence (2008), La langue française. Passions et polémiques, Paris :
Vuibert.
Velardo, S. (2026). Les « néo-remarqueurs » puristes d’Instagram : le cas de Karine Dijoud et de Docanglicismes. Normes prescriptives ou normes fictives ? “Sciences du Langage : Évolutions, Défis et Nouveaux Regards, Grenoble. https://hdl.handle.net/2078.5/278089