"Sans renier les très nombreux commentaires qui ont jalonné dès l'antiquité l'interprétation du chant VI de l'Énéide de Virgile, il est aussi possible de lire, dans cette exploration de l'au-delà par un héros vivant, un voyage vertical et initiatique, où le temps et l'espace sont comme suspendus, en contrepoint du voyage réel et horizontal entrepris d'est en ouest, de Troie vers l’Italie. Après Ulysse, Thésée, Hercule ou Orphée, Énée refait donc, de son vivant, le chemin, périlleux et réservé à quelques rares élus, qui conduit dans le royaume d'outre-tombe. Cependant, Énée marque une distance importante par rapport à ses modèles. Si l'on considère l'ensemble de l'Énéide, on s'aperçoit très vite que le héros virgilien, plus que le héros homérique, est un héros sans cesse tourné vers son passé, vers la cité détruite qu'il faut reconstruire ailleurs. Cette permanence du passé dans la formation du héros a pour conséquence qu'une étroite relation s'instaure dans le poème entre le monde des vivants et le monde des morts [...]"
Deproost, P.-A. (1992). La marche initiatique d’Enée dans les enfers. Revue Louvain, 34, 17-20. https://hdl.handle.net/2078.5/156059 (Original work published 1992)