Nous voilà cette fois sollicité par des chercheuses en sociolinguistique, discipline qui nous est parfaitement étrangère, pour faire part de la manière dont nous conceptualisons les questions de mobilité. C’est un défi qu’il est d’autant plus tentant de relever que les échanges par-delà les frontières disciplinaires sont enrichissants. D’un autre côté, notre ignorance des choses de la linguistique nous incite à la modestie et à la prudence. C’est pourquoi, dans les lignes qui suivent, nous aurons pour objectif, d’une part, de présenter le cadre théorique sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années et, d’autre part, d’indiquer en quoi il nous semble que ce travail pourrait être intéressant pour des linguistes. Ces indications doivent être vues, non comme des analyses qui se voudraient autorisées, mais comme une invitation au dialogue avec les sociolinguistes. Il s’agira ici de faire œuvre de sociologue en interrogeant la notion de mobilité, non en tant qu’évidence, mais en tant que construction sociale. Pour ce faire, nous reviendrons aux fondamentaux : ses rapports avec l’espace-temps et les constructions sociales de celui-ci, pour ensuite déployer une proposition de compréhension du concept de mobilité et d’analyse de son rôle normatif. Ce dernier point sera abordé au travers de la notion d’idéologie mobilitaire, que nous avons développée ces dernières années appliquée à divers objets, tels les travaux préparatoires de la loi pénitentiaire belge , la médiation pénale (Mincke 2014a), le management de la justice (Mincke 2013) ou encore le tropisme sécuritaire de nos sociétés (Mincke 2015a).