Ce texte vise à comprendre comment Nietzsche se pose en successeur de l’européisme des philosophes des Lumières comme Voltaire ou Kant. En outre, il s’agit de chercher à comprendre comment Nietzsche se positionne vis-à-vis du conservatisme et du nationalisme des anti-Lumières, mouvement qui regroupe des penseurs comme Burke ou Herder. Car une difficulté se fait jour dans le positionnement complexe que Nietzsche adopte, face à l’Europe des Lumières et des anti-Lumières. Dans certains textes, notamment dans Par-delà bien et mal, Nietzsche semble faire siennes certaines thèses caractéristiques des anti-Lumières, notamment en se réappropriant l’idée de Herder selon laquelle les Lumières se réduiraient à quelque chose de « mécanique », à un simple mouvement de surface. La diffusion des idées des Lumières en Europe n’est qu’une « singerie » pour Herder, et Nietzsche souscrit à cette idée en n’hésitant d’ailleurs pas à faire remarquer que la propagation européenne des idées des Lumières a engendré un vaste mouvement de « dépression » civilisationnelle. Dans ce cas, comment comprendre que Nietzsche puisse rester fidèle à l’européisme des Lumières, s’il se réapproprie une rhétorique anti-Lumières profondément anti-européenne ? Je conclus l’article en montrant que l’européisme nietzschéen n’est pas exactement pas celui des Lumières, car il y va d’un européisme de l’avenir, inséparable du projet de renversement des valeurs que les Lumières n’ont pas su mener à bien.
Bertot, C. (2023). Nietzsche face à l’Europe des Lumières et des anti-Lumières. À propos d’Humain, trop humain et ses prolongements. In Clément Bertot, Pieter de Corte, Jean Leclercq, Patrick Wotling (ed.), Nietzsche et l’Europe (Presses universitaires de Louvain, p. p). PUL. https://hdl.handle.net/2078.5/25986