Situé au carrefour des pratiques artistiques, l’art du décor atteint à l’époque moderne un degré d’élaboration et de complexité singulier, si bien qu’il est devenu au sein de la recherche en histoire de l’art un champ d’études fécond, susceptible d’être questionné comme un phénomène propre. Le présent volume entend considérer plus particulièrement la richesse des dispositifs d’encadrement utilisés dans les décors européens lors de la première modernité (1500-1700), à travers des études de cas choisies pour leur caractère méthodologiquement novateur et l’originalité des enjeux artistiques mis en lumière. De la France à l’Italie, des anciens Pays-Bas à l’Espagne ou au Portugal, chaque étude montre que le motif du cadre est alors investi de fonctions réfléchies dans la relation de l’œuvre à elle-même et à son spectateur – thématique d’actualité au seuil de l’âge moderne –, dans des domaines aussi divers que l’architecture, la peinture, la sculpture, les jardins, l’enluminure, la tapisserie ou encore les cérémonies festives. Alors qu’on le réduit trop souvent à un motif superfétatoire destiné à embellir objets et images, le cadre trouve dans l’art du décor des implications syntaxiques déterminant l’articulation des diverses parties composant le message multi-sensoriel proposé. Il est l’une des conditions qui permettent de penser le décor comme un système organisant des éléments narratifs, symboliques et ornementaux déployés sur plusieurs niveaux de représentation et d’artifice.
Heering, C., Cordon, N., Doulkaridou, E., & Degans, É. (2019). Jeux et enjeux du cadre dans les systèmes décoratifs de la première modernité à l’époque moderne (1500-1700). Presses Universitaires de Rennes. https://hdl.handle.net/2078.5/58954