L'école contre “la rue” : ethniciser pour déscolariser 

(2012) Diversite — Vol. 1, n° 167, p. 95-101 (2012)

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Institution-clé du projet républicain, l’école est habituellement présentée comme un monde à part, un univers par principe abstrait des passions et des débats qui traversent et façonnent l’espace public. La forclusion de l'école est au principe de son projet disciplinaire, de même que la clôture des savoirs fonde le rapport d'enseignement. La continuité de cette séparation n'a pourtant rien d'évident. Cela ne se fait qu'au prix d'un incessant travail de production de frontières, et d'un dispositif de police qui contrôle, assigne et maintient des places et des normes. Dans le temps, ces frontières se déplacent. De nouveaux savoirs, de nouveaux intervenants, de nouvelles questions, de nouveaux rapports dedans-dehors et de nouveaux dispositifs de gestion des passages (« école ouverte », généralisation des stages, dispositifs « passerelles », etc.) ont émergé. Ils s'accompagnent de nouvelles définitions de la collectivité (« communauté éducative », « partenariat école-entreprise » ou « école-université »...). Ce faisant, l'idée s'est imposée que ce qui était un « sanctuaire républicain » a cédé le pas à une « ouverture sur le monde ». A contrario, les discours prônant la (re)sanctuarisation de l'école face à l'islam ou à la violence, depuis les années 19903, témoignent que la définition des frontières scolaires est un enjeu des rapports de force politiques contemporains. C'est l'un des rôles des discours publics - qu'ils soient politiques, scientifiques, professionnels ou administratifs -, que d'entretenir et de légitimer (parfois, de modifier) la séparation, notamment entre « dedans » et « dehors », entre ce qui est scolaire ou ne l'est pas. Les activités de tri, discriminantes au sens étymologique du terme, constituent une part importante du travail des agents (contrôle des entrées et sorties, sanctions disciplinaires, gestion des dérogations, etc.). Ces frontières sont toujours susceptibles d'être ethnicisées et/ou sexisées, et l'activité discriminante menace de devenir discriminatoire, c'est-à-dire illégitime - et pour une part, illégale. Je m'intéresse ici aux discours sur la clôture de l'école, son investissement ethnique, et plus particulièrement à une figure rhétorique d'opposition entre l'école et son « extérieur » : « la rue ». Je veux montrer que l'émergence de ce nouveau discours modifie le sens des frontières scolaires et légitime le passage vers des logiques discriminatoires à l'égard des « jeunes de banlieue ». L'analyse de quelques discours sociologiques et politiques me permet d'indiquer comment l'ethnicisation de l'ordre scolaire peut changer de sens et convertir un principe de gestion des normes internes en une justification de la déscolarisation des publics.
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Citations

Dhume, F. (2012). L’école contre “la rue” : ethniciser pour déscolariser . Diversite, 1(167), 95-101. https://hdl.handle.net/2078.5/100705 (Original work published 2012)