En évoquant ce concept collectif de la foi, on voit que Paul ne s’est jamais vraiment éloigné de la ‘emunah juive. Celle-ci est une attitude générale, dont la perfection se trouve exprimée dans certains individus, mais qui caractérise avant tout les relations qu’Israël entretient avec son Dieu. Certes Paul lui fait subir quelques transformations. La définissant comme une participation à la vie divine accordée par grâce au fidèle, il en fait l’instrument privilégié du salut, et, partant, le moyen de tracer les frontières d’un nouveau groupe social, ceux qui se laissent définir par leur foi. Mais fondamentalement, il continue à la considérer comme ce concept relationnel, cette tension dynamique entre l’attitude et le contenu, entre l’agir et le connaître. Une telle position tient de l’équilibriste, et, pour tout dire, s’inscrit dans une pensée du provisoire. N’oublions pas que Paul écrit encore dans une époque où l’on estimait le retour du Messie très prochain et où la qualité de la relation que l’on entretenait avec «celui qui (re)vient» prenait tout son sens. Les déclarations de l’apôtre prendront un tout autre sens quand il s’agira de s’installer dans la durée et que les concepts, comme les charismes, tendront à devenir rou- tiniers. Ce qui pouvait rester mouvant demandera définition, car il faudra bientôt caractériser des comportements, définir des actions.
Burnet, R. (2020). La foi chez saint Paul : un concept dynamique. In C. Grellard, P. Hoffmann, L. Lavaud (eds.) (ed.), Genèses antiques et médiévales de la foi (p. p. 101-115). Institut d’Études augustiniennes. https://hdl.handle.net/2078.5/221006