La pulsion barbare : une épistémologie hégélienne de l’altérité radicale

Tangorra, Manuel
(2023)

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  • Tangorra, ManuelUCLouvain
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Maesschalck, Marc
Abstract
(fr) Dans l’élan scientifique et intellectuel du XIXème siècle européen, la construction d’un nouveau savoir de l’esprit passe par l’assomption de sa non-identité inhérente. Le concept hégélien de barbarie émerge dans ce nouveau paradigme épistémologique qui ne peut plus penser l’humain d’après les formes transcendantales de sa raison, et qui doit désormais saisir l’inéluctable situationnalité, historique et sociale, mais aussi somatique et désirante, de l’expérience de la conscience. Au sein de cette stratégie, la barbarie apparaît nécessairement comme l’avènement d’un trouble dans le régime d’intelligibilité de l’existence corpo-pulsionnelle de la liberté. La construction hégélienne du savoir en tant que réflexion du réel lui-même retrouve dans la pulsion barbare un seuil d’affectation qui bascule la syntaxe élémentaire de la maîtrise moderne du monde. Au cours de la transformation épistémologique amorcée par Hegel, l’altérité radicale cessera ainsi d’être ce qui gît au-delà de la cité et de sa culture, c’est-à-dire une altérité purement externe, indifférente et, en définitive, rassurante de la rationalité. La barbarie suppose, au contraire, la crise de cette grammaire du lointain, l’altérité est radicale dans la mesure où elle s’inscrit sur le bord même qui permet à l’esprit de s’auto-définir. D’un côté, les sujets non-européens, racialisés, incarnerons désormais une telle existence barbare en se situant sur le seuil de la vie historique de la conscience. Ils conforment ainsi la périphérie de la scène sur laquelle l’ordre moderne/colonial s’impose en tant que destinée universelle de la liberté. Mais d’un autre côté, la barbarie ne cessera de déstructurer la division stable entre l’intérieur et le dehors. Elle réapparaîtra dans toutes les dérives dysfonctionnelles du processus même de rationalisation de l’espace social européen. À travers les différentes déclinaisons de la barbarie – langagière, somatique, sociale, religieuse –, nous prétendons saisir l’opération fondamentale par laquelle l’expérience moderne fait acte de sa non-identité constitutive. La conséquence philosophique de ce mouvement s’avèrera décisive : la trajectoire effective du sujet suppose en effet non seulement le passage d’une figure de la liberté à une autre, mais également un travail dialectique constant sur la frontière même de sa figuration, travail qui constitue la mission civilisatrice de l’esprit.
Affiliations

Citations

Tangorra, M. (2023). La pulsion barbare : une épistémologie hégélienne de l’altérité radicale. https://hdl.handle.net/2078.5/243059