(fr) Les questions sécuritaires ont toujours représenté un enjeu considérable dans la conduite de la politique extérieure des États. Mais qu’en est-il de la Belgique, État qui n’a vu son indépendance reconnue en 1830 que par la volonté des cinq grandes puissances européennes, et dont la souveraineté en matière de politique extérieure est au moins en partie limitée par le fait que le pays s’est vu contraint d’adopter en 1839 un régime de neutralité perpétuelle et garantie ? Libérée de la menace que représentait jusque-là les Pays-Bas et protégée par les traités, la Belgique peut en effet sereinement envisager son avenir, détacher son regard de sa frontière septentrionale et consacrer ses efforts sur d’autres tâches. Le jeune État n’est pourtant pas à l’abri du danger : ne pouvant encore compter sur de solides assises historiques et institutionnelles pour s’imposer auprès de ses voisins et contesté à l’intérieur par des mouvements contre-révolutionnaires, il voit ainsi son existence remise en question à plusieurs reprises, que ce soit pour des raisons purement impérialistes, ou pour des motifs plus politiques et idéologiques. Ces enjeux de sécurité nationale ne sont cependant pas perçus et compris de la même manière par tous les acteurs de la politique sécuritaire belge, et sont donc un sujet d’opposition très fréquent entre ces derniers, tout au long du règne de Léopold Ier. Recourant aux derniers développements de l’historiographie en matière de « security studies », cette recherche a donc pour ambition d’étudier quels sont les principaux enjeux de sécurité nationale en Belgique ; d’analyser leur éventuelle instrumentalisation par les autorités politiques ; et finalement de s’interroger sur les limites et compromissions qui sont imposées au fil du temps à l’indépendance et à la souveraineté de la petite nation, afin de déterminer si leur maintien est un véritable objectif sécuritaire pour les autorités belges, ou une fiction diplomatique avec laquelle celles-ci doivent jouer.
Chevalier, C. (2022). “Les Belges ? Ils ne dureront pas” : enjeux et instrumentalisations des questions de sécurité nationale dans la Belgique neutralisée (1839-1866). https://hdl.handle.net/2078.5/108712