(fr) Le processus d’individualisation qui sous-tend la modernité conjugue, aujourd’hui, égalité de sexe et hétérogénéité des temps sociaux. L’une et l’autre de ces caractéristiques contemporaines posent de redoutables défis au regard de l’histoire de nos sociétés modernes démocratiques, tant au niveau de l’expérience collective et individuelle que dans le champ du politique. Au travers des temps sociaux et de la distinction de sexe, l’objectif de cette thèse est ainsi d’arrimer une sociologie de l’expérience – celle des parents travailleurs – à une sociologie du politique, accordant une attention particulière à la double composante matérielle et symbolique de la vie en société. En effet, le principe d’égalité de sexe et la multiplication des temps sociaux bouleversent radicalement la représentation de l’individu telle que l’avait dessinée la modernité dans sa phase industrielle. Ce faisant, ce sont les fondements mêmes sur lesquels s’est édifiée notre société qui sont appelés à être « déconstruits-reconstruits » autour des notions de pluriactivité humaine (Méda, 2000) et de déspécialisation des rôles (id., 2001). L’expérience des parents travailleurs vivant en couple bi-actif est au cœur de la tourmente, quand l’hétérogénéité des temps sociaux reflète les multiples voies au travers desquelles se construit l’individualité, pour les hommes comme pour les femmes. Les rôles sexués ne sont plus censés ordonner les disponibilités des unes (disponibilité permanente de la femme à la famille) et des autres (disponibilité cadrée de l’homme au travail). Pour autant, il semble bien que les supports matériels et symboliques de cette expérience restent encore largement « industriels », ne parvenant pas réellement à se délester d’une conception posant le travail et les rôles sexués au fondement de l’organisation sociale. Gérer ses disponibilités constitue ainsi une épreuve individuelle et conjugale, dans un contexte confus et contradictoire, valorisant l’épanouissement personnel au-delà des rôles sexués et du devoir, tout en réaffirmant ceux-ci, en particulier dans le rapport à l’enfant. En tant qu'épreuve de l’individualisation (Martuccelli, 2006), la gestion des disponibilités constitue un enjeu social majeur, relevant de la problématique des temps sociaux et exigeant la conception et la mise en œuvre de supports matériels et symboliques collectifs : l’individu « se tenant de l’intérieur » est bel et bien un mythe (Martuccelli, 1999).
Schots, M. (2010). Concilier les disponibilités : l’expérience des parents travailleurs : individualisation, temps sociaux et distinction de sexe. https://hdl.handle.net/2078.5/130200