Le contextualisme se caractérise par la décision méthodologique d’appréhender l’expérience au point de vue de la première personne ; d’où l’importance accordée au contexte, puisqu’il est la première chose qui s’ouvre aux acteurs. Cette décision méthodologique est celle qui commande la théorie morale de Walzer, comme elle était déjà au principe de ses écrits historiques. Toutefois, dans les diverses stratégies qu’il a mises en place pour contrer le relativisme (une stratégie « vers le haut », une autre « vers le bas »), Walzer n’exploite pas ce point de départ méthodologique, qui pourtant lui donnerait un argument décisif contre l’objection relativiste : car on ne peut pas être relativiste en première personne. La thèse de l’article est donc que Walzer ne reste pas suffisamment fidèle à ses prémisses contextualistes de départ, car il finit par substituer à l’expérience des acteurs en première personne une interprétation de leur expérience, ce qui est tout différent. Cette substitution a aussi une incidence importante sur sa théorie morale en général et sur sa conception de la critique sociale en particulier : car ce qui est perdu, c’est ce que le jeune Marx appelait « la critique sans concession de tout état existant » - une critique qui ne peut s’exercer que si l’on respecte au départ l’intégralité de l’expérience morale possible des acteurs, telle qu’elle est appréhendée en première personne. C’est là le cœur du contextualisme.
Hunyadi, M. (2014). Prendre le contextualisme au sérieux. Réflexions sur la philosophie morale de Michael Walzer. Revue Internationale de Philosophie. Accepted/in-press. https://hdl.handle.net/2078.5/57662 (Original work published 2014)