Luttes citoyennes dans les Andes péruviennes : champs d’actions et épuisement institutionnel. Une analyse à partir du cas du conflit autour du projet minier Conga (Cajamarca)

(2014) Ressources minières dans les Amériques : Mutations d’un continent — Location: Grenoble (11.June.2014)

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Dans la région de Cajamarca, au Pérou, le projet minier à ciel ouvert Conga, extension de la mine de Yanacocha (Newmont Mining Corporation - International Finance Corporation - Buenaventura) a généré une opposition populaire massive depuis l’acceptation de son étude d’impact environnemental en octobre 2011. Les mobilisations sont passées par des phases aigues et des périodes plus calmes, mais sans que le problème ne soit résolu. La sévère répression des manifestants a, en outre, causé cinq morts. Au Pérou, l’opposition à ce projet est devenue emblématique des luttes autochtones et paysannes, mais aussi des positionnements critiques vis-à-vis de l’exploitation des ressources naturelles, placés au centre de l’actuel modèle de développement du pays. Dans cet exposé et à partir d’une approche de terrain de longue durée (2005-2013), nous voudrions montrer comment ce conflit peut être compris comme une lutte pour la participation politique des populations aux décisions concernant l’utilisation du territoire et de l’eau. Nous identifierons cinq champs (Bourdieu, 2000) où ont lieu, simultanément, ces batailles citoyennes. Nous montrerons comment ces acteurs (organisations paysannes, fronts de défense, ONG, politiques locaux…), utilisent des ressorts très variés pour faire entendre la voix de l’opposition dans ces divers registres (Boltanski et Thévenot, 1991). Le premier champ est un champ légal. Ainsi, en dépit d’un cadre législatif clos et centralisé, des actions de recours ont été menées aux niveaux national et international pour faire stopper le projet en se basant sur deux arguments principaux : le droit à un environnement sain et le droit de peuples autochtones à être consultés. Le deuxième champ est technique. Les expertises et les commentaires se sont en effet multipliés laissant apparaître l’absence de neutralité des perspectives scientifiques et l’exclusion du débat des perspectives andines et paysannes sur le territoire (de la Cadena, 2011). Le troisième est, lui, rhétorique. Dans la presse sur les réseaux sociaux se sont jouées des batailles langagières et figuratives, renvoyant à des imaginaires et des modes de relation à l’environnement en conflit les uns avec les autres (Descola, 2005). Le quatrième, qui a retenu l’attention de la presse et des médias, est un champ de bataille politique, notamment pour le contrôle des mairies provinciales et de la Présidence régionale ainsi que la négociation de marges de décisions décentralisées vis-à-vis de l’Etat central. Enfin, le cinquième champ est celui de la rue et de la manifestation, contré de manière radicale par le gouvernement. Au travers de notre exposé et de l’analyse de ces champs de luttes, nous montrerons comment l’épuisement des canaux institutionnels de participation populaire, qu’ils soient juridiques, techniques ou politiques, laisse entrevoir le rétrécissement de l’espace démocratique, celui-ci souffrant également du contrôle des médias et de la répression imposée aux acteurs sociaux s’exprimant dans l’espace public.
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Piccoli, E. (2014). Luttes citoyennes dans les Andes péruviennes : champs d’actions et épuisement institutionnel. Une analyse à partir du cas du conflit autour du projet minier Conga (Cajamarca). Ressources minières dans les Amériques : Mutations d’un continent, Grenoble. https://hdl.handle.net/2078.5/47631