Le fonctionnement1 des pouvoirs publics en Belgique est aujourd’hui à un carrefour de son histoire. La sixième réforme historique de l’État, avec un transfert de nombreuses compétences et ressources, nécessite une refonte de l’organisation de nos administrations publiques. La crise qui engendre une contraction des revenus de l’Etat à un moment où le vieillissement démographique entraîne plus de dépenses, oblige tous les niveaux de pouvoir à faire mieux avec moins. Les mesures successives de réductions budgétaires et de personnel exigent de préserver une adéquation des moyens aux objectifs et besoins sur le terrain, sinon elles risquent de devenir un problème en soi. Sans qu’il soit besoin de ré-ouvrir le débat sur les réformes institutionnelles, nous devons constater que l’action des pouvoirs publics sera à l’avenir déterminante pour notre prospérité et notre bien-être. Ceci est aussi une exigence internationale. La coordination de la politique européenne nous oblige à nous remettre constamment en cause et à modifier nos modes de fonctionnement. L’intégration économique et la disparition progressive des frontières signifient que les pouvoirs publics n’échappent plus aux exigences de la concurrence. Une petite économie ouverte comme la Belgique doit assouplir et dynamiser son processus décisionnel, sous peine de cumuler le double handicap de taille et de complexité. Beaucoup de travail reste à faire même si ça et là des progrès existent. Un signe positif est que les valeurs de bonne gouvernance, de résultats, d’efficacité et de qualité sont de plus en plus partagés tant par les dirigeants politiques que par les responsables administratifs. Les syndicats de la fonction publique sont eux aussi partisans d’un État moderne qui peut opérer à un niveau d’excellence élevé et offrir des carrières attractives. Pendant cette nouvelle législature, il importera de développer une ligne stratégique claire et des méthodes opérationnelles éprouvées pour ajouter de la valeur ajoutée aux administrations publiques et aux services publics avec des budgets limités. Pour encourager ce changement, l’Itinera Institute présente une vaste réflexion qui met en avant les principes d’une bonne gouvernance et propose des mesures concrètes. La bonne gestion ne concerne pas la mise en place de nouveaux règlements, et donc toujours plus de lois et décrets. Cela concerne le bon fonctionnement des administrations et institutions publiques par lequel un travail efficace et utile peut être garanti. Cela concerne la réalisation des missions et objectifs de services publics au moindre coût. La bonne gestion a aussi pour effet de renforcer l’adhésion du public à l’action de l’Etat. Avec la sixième réforme de l’Etat enclenchée, une vaste opération de régionalisation des administrations et parastataux s’annonce, avec des enjeux énormes pour le pays et ses régions. Il ne suffira plus de revendiquer des moyens supplémentaires ou se se replier sur la défense aveugle du statu quo. La mutation est en route et il faut l’organiser au mieux. Il est grand temps de s’intéresser plus sérieusement à la manière dont les services publics et les administrations fonctionnent. La gouvernance de l’Etat et des services publics méritent une plus grande adhésion au changement et une attention plus prononcée aux impacts réels du secteur public et des politiques publiques tant pour les fonctionnaires que pour les usagers et contribuables. Depuis quelques années, la discussion sur l’efficacité de l’Etat se résume à une politique de rationalisation aveugle qui applique les méthodes faciles de la « rappe à fromage », et d’une réduction des effectifs par un non-remplacement des départs à la pension. C’est une approche qui se fait sans, et parfois contre, l’aspect qualité des services publics. Les questions de la qualité, la réactivité et la flexibilité de nos administrations et institutions publiques sont délaissées, et pourtant elles sont essentielles : Comment augmenter la qualité de nos soins de santé ? Comment augmenter la qualité de notre enseignement? Comment augmenter la flexibilité de notre système de pension ? Comment adapter nos administrations publiques à la révolution digitale pour les rendre plus réactives aux besoins et attentes légitimes des citoyens ? Comment percevoir l’impôt de manière plus efficace et équitable ? Comment lutter efficacement contre la fraude fiscale et la fraude sociale ? Comment lutter efficacement contre le terrorisme ?