La supplication prophétique : évolution d’un discours romanesque

(2011) La supplication : discours et représentations — Location: Université d’Angers, Abbaye de Fontevraud (30.September.2011)

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Il existe trois types majeurs de prophéties : une forme neutre, inspirée mais non adressée, qui prédit l’avenir (le prophète est un simple vecteur qui ne pose aucun choix) ; une forme vindicative et vengeresse, qui appelle au châtiment et à la damnation ; une forme suppliante, enfin, qui conjure les autres de tenter de repousser l’avenir prédit par tous les moyens à leur disposition. Cette dernière forme est la plus intéressante, car c’est la seule forme prophétique qui appelle une réponse. Il s’agit de la forme de Cassandre. À ce détail près que précisément, comme le veut la tradition littéraire, Cassandre ne soit jamais entendue et qu’elle n’essuie que des fins de non-recevoir. Aux XIXe, XXe et XXIe siècles, l’on constate une résurgence des discours et des personnages prophétiques dans la littérature de langue française, principalement sous sa forme de supplication. L’Histoire, l’évolution de la société et des représentations (de la Révolution française à la bombe atomique, en passant par la perte de foi de l’Occident et la montée du positivisme) ont été les moteurs à la fois de cette résurgence, mais aussi de la profonde mutation de ce type de discours par rapport aux équivalents d’Ancien Régime. Sa place dans l’intrigue romanesque pose cependant question, en ceci que, contrairement à d’autres formes de supplications, la supplication prophétique ne fait pas l’objet d’une attention soutenue de l’auditoire et par conséquent, survient comme un élément non nécessaire à l’intrigue, presque superfétatoire. À partir de deux exemples clefs empruntés à la littérature du XIXe et du XXIe siècles, les supplications prophétiques du comte de Rudolstadt dans Consuelo de George Sand et celle de Lagrand dans Rosie Carpe de Marie NDiaye, il devient possible de démontrer l’évolution du type particulier de discours que constitue la supplication prophétique, ainsi que sa valeur au sein de la production littéraire moderne. Par une confrontation avec les origines littéraires (Eschyle, Euripide) de ce mode particulier de la supplication, on peut en montrer l’actualité, la prégnance et la spécificité dans le discours littéraire des deux derniers siècles. Les deux sources primitives de ce type de discours, à savoir le prophète biblique (la prophétie est un énoncé qui a valeur de loi et doit assurer la transition entre le désastre à venir et l’élection de ceux qui participeront à la rédemption et au renouveau) et le prophète des mythologies antiques (le fou dont le discours doit subir un procès de « véridication » pour être entendu), se sont progressivement confondues dans leurs qualités respectives pour aboutir à une forme dont l’impact sur les catégories développées par Ricœur que sont la « mise en intrigue » et la « concordance discordante » conduit à redéfinir, au fil du texte et des interprétations possibles du discours, la fable tout entière et l’évolution éthologique des personnages.
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Citations

Meurée, C. (2011). La supplication prophétique : évolution d’un discours romanesque. La supplication : discours et représentations, Université d’Angers, Abbaye de Fontevraud. https://hdl.handle.net/2078.5/226077