La démocratie directe d’assemblées en lieu et place de la démocratie représentative ? Représentation consciente et inconsciente chez les Gilets jaunes de Commercy

(2024) 17e Congrès de l’Association Française de Science Politique-ST”La représentation politique vue par les acteurs de la démocratie” — Location: Sciences Po Grenoble (2.July.2024)

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Si le mouvement des Gilets jaunes s’est formé sur la base de revendications économiques, il s’est rapidement doublé d’une aspiration à des modifications du système politique. À partir d’une critique hétérogène du gouvernement représentatif, nombreuses ont été les alternatives politiques revendiquées, voire pratiquées, par ce mouvement : référendum d’initiative citoyenne (RIC) national ou local (Egger et Magni-Berton, 2019), mécanismes de contrôle des personnes élues comme le référendum révocatoire (Abrial et al., 2022), assemblée constituante, Vrai Débat (Gourgues, 2020a), assemblée populaire ou citoyenne locale (Gourgues, 2020b), assemblée des assemblées (Ravelli et al., 2020)... Sans être majoritaires, plusieurs de ces mécanismes relèvent de la démocratie directe, définie comme l’exercice direct du pouvoir par le peuple (Van Outryve, 2022). Cette contribution s’intéresse à la manière dont un groupe local spécifique, celui de Commercy, a créé et pratiqué l’une de ces formes de démocratie directe à travers le véhicule de l’assemblée. Organisés dès le début du mouvement en assemblées au niveau local, et en Assemblée des assemblées au niveau national, les Gilets jaunes de Commercy ont poursuivi la lutte pour la démocratie directe d’assemblées en tentant d’institutionnaliser celle-ci. Ils et elles ont créé l’Assemblée Citoyenne de Commercy, et ont présenté une liste aux élections municipales de mars 2020 dans l’objectif de lui transmettre le pouvoir public par le biais du mandat des personnes élues. Dans la mesure où l’objectif est de faire de l’assemblée citoyenne, ouverte à tous les résidents et résidentes de la municipalité, le siège de l’exercice de la souveraineté populaire, en lieu et place de l’assemblée de ses représentants et représentantes, l’expérience de Commercy ne vise pas simplement à « rénover la représentation », comme c’est le cas pour le reste du mouvement des Gilets jaunes (Bedock et al., 2020). Le préambule de la Constitution locale de l’Assemblée Citoyenne rappelle ainsi « la nécessité de la rupture avec le système représentatif, pour en revenir à une démocratie directe et permanente ». Cette affirmation contraste nettement avec les résultats des enquêtes empiriques montrant que les Gilets jaunes ne semblent pas « revendiquer une démocratie directe permanente qui viendrait se substituer à la démocratie représentative » (ibid., p. 224). Avec la mise en place de l’Assemblée Citoyenne, le groupe cherche à sortir de la logique du gouvernement représentatif qui ne donne « aucun rôle institutionnel au peuple assemblé » (Manin, 1995, p. 19) et qui « a historiquement consisté à privilégier l’idée du consentement populaire au pouvoir, à la place de l’exercice populaire du pouvoir » (Landemore, 2020, p. xiv). Cependant, si la démocratie directe revendiquée et exercée par les acteurs et actrices de Commercy s’oppose frontalement au gouvernement représentatif, la représentation, au sens générique conféré par Pitkin de rendre présent ce qui est absent (1967), est loin d’être absente de leur pratique démocratique. Alors qu’elle avait été proscrite dès le premier appel des Gilets jaunes de Commercy enjoignant à ne pas mettre le « doigt dans l’engrenage de la représentation », différentes conceptions de la représentation reviennent par la porte arrière de cette expérience démocratie directe d’assemblées. Dans la mesure où c’est en réalité la représentation qui a cours sous le gouvernement représentatif qui est farouchement rejetée, cette contribution vise à démêler les différentes notions de représentation présentes au sein de ce mouvement, ainsi que leur évolution. L’objectif est ici de voir la mesure dans laquelle il réinvente consciemment la représentation, mais également de voir s’il existe d’autres rapports représentatifs inconscients présents au sein du mouvement qu’il s’agit de théoriser. Cette contribution propose premièrement d’explorer la création de formes de représentation afin de prendre des décisions entre assemblées, et ce notamment au sein des dispositifs initiés à Commercy que sont l’Assemblée des Assemblées et la Commune des Communes. Elle étudie ensuite la conception de la représentation sur laquelle repose la stratégie de la liste, à savoir celle de faire des personnes élues les exécutantes de l’assemblée, soit de simples commis de l’assemblée. Pour finir, il s’agit d’analyser la présence de deux autres compréhensions de la représentation présente, mais pas, ou peu, conscientisée, au sein du mouvement, qui diffère de la représentation mandatée développée précédemment : la représentation-incarnation, ou synecdotique, et la représentation descriptive, et ce afin d’enrichir la théorie de la démocratie directe d’assemblées de ces conceptualisations de la représentation majoritairement laissées dans l’ombre en raison du rejet du gouvernement représentatif. Cette communication est élaborée à partir d’une analyse thématique des données récoltées lors d’un travail de terrain à Commercy (décembre 2018 à octobre 2020) combinant observation participante, 35 entretiens individuels semi-directifs avant et après les élections municipales, un entretien collectif de deux jours et un regroupement d’archives.
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Van Outryve d’Ydewalle, S. (2024). La démocratie directe d’assemblées en lieu et place de la démocratie représentative ? Représentation consciente et inconsciente chez les Gilets jaunes de Commercy. 17e Congrès de l’Association Française de Science Politique-ST”La représentation politique vue par les acteurs de la démocratie”, Sciences Po Grenoble. https://hdl.handle.net/2078.5/240098